HRP jour 20 : de l’Estany Gran d’Anglios au Refugio de la Restanca

Le beau lac de Rius, dans le Parc national d'Aigüestortes

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Splendide journée aujourd’hui quoique éprouvante ! Je me sens encore bien crevée physiquement et je commence à sentir que ça m’atteint mentalement, alors je me félicite d’avoir évité les passages les plus difficiles de la HRP. L’inconvénient, c’est que je ne saurai jamais : c’était peut-être pas si dur, ou je me suis peut-être trop dévalorisée, j’aurai peut-être pu y passer ! 

Sur ce sujet, j’ai eu une discussion quelques semaines plus tard, sur la toute fin de la Transalpes en descendant vers Menton, avec un camarade transalpiste qui avait fait la HRP l’année précédente. Il me disait justement que j’avais probablement fait l’erreur paradoxale de m’être trop renseignée en amont de cette section difficile de la HRP, notamment en lisant énormément de retours sur des forums. Sauf que chacun a sa propre perception de la difficulté, du danger, de ses capacités mentales et de ses aptitudes montagnardes. 

Et c’est sûr qu’après avoir traversé les Pyrénées et les Alpes sur des sentiers plutôt techniques, je me suis rendue compte que j’avais tendance à plutôt dévaloriser mes aptitudes en montagne. A l’inverse, j’ai clairement constaté que pas mal (beaucoup en fait) d’hommes n’avaient aucun souci à se croire d’emblée plus expérimentés que moi et avaient plutôt tendance à avoir une confiance démesurée envers leurs capacités en montagne. 

En tout cas, mon arrivée vers le splendide Parc national d’Aigüestortes s’est faite dans la douleur ! J’ai passé la journée à me traîner sur les sentiers complètement épuisée et pleine d’idées sombres. Le combo épuisement physique, solitude et sous-nutrition commençait déjà à se faire sentir depuis quelques jours voire une bonne semaine, mais ce jour là a vraiment été terrible. 

Un peu avant d’arriver au Refuge de la Restanca, je me prends une branche dans la tête et je tombe. Rien de méchant, mais je me mets à pleurer de manière incontrôlable. J’ai eu l’impression que tout lâchait d’un coup : la fatigue accumulée, le besoin d’échanger plus que quelques mots au détour d’un sentier avec un autre humain. Je repense à cette journée, un an plus tôt, sur la “partie Mont Blanc” de la Transalpes, où j’avais eu des idées noires toute la journée, épuisée par la marche. Sauf qu’à l’époque, je ne marchais pas seule mais avec mon compagnon. Alors est-ce que je vais tenir d’aller jusqu’à Banyuls toute seule dans cet état ? Est-ce que même j’en ai envie ? Mon idée de la HRP c’est de kiffer mes journées, de passer des heures magnifiques en montagne, pas de me traîner à la force du mental sur les chemins. 

Je décide de dormir au refuge et de descendre demain sur Salardú. De toute manière, je dois me refaire un ravito, alors ce sera l’occasion de choisir : continuer ou arrêter. J’ai repéré un bus qui mène de ce village à Vielha, et de là un autre qui va jusqu’à Toulouse. On verra demain matin mon état et mon envie. Peut-être arrêterai-je. 

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