HRP jour 32 : Du Perthus à Banyuls-sur-Mer

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Drôle d’impression en me levant ce matin : si tout va bien, j’aurai fini ma HRP d’ici ce soir ! 

J’ai pas mal de kilomètres à faire alors je déroule en mode automatique toute la matinée. A partir du col de l’Ouillat, j’arrive sur des terres que je reconnais de plus en plus. Mes grands-parents ont un appartement à Argelès-sur-Mer, et j’ai beaucoup fréquenté le coin quand j’étais enfant. Les émotions en ce dernier jour de traversées en sont encore grandies. 

Je m’offre une crêpe au refuge du col pour prendre le temps de savourer cette dernière journée. A partir de là, la montée au Puig Neulos est très rapide, et de là la Méditerranée devient extrêmement proche. Beaucoup de monde sur ce sommet, et puis une double claque : la Méditerranée si proche, et tellement de civilisations, de routes, d’antennes, de villes aux alentours. Je descends sous le sommet et m’offre un moment seule sur un rocher pour laisser l’idée faire son chemin : c’est fini. 

La suite de la journée, je suis les crêtes pour descendre vers Banyuls. J’avais envisagé de finir à Cerbère ou Collioure, variantes qui m’ont été plusieurs fois chaudement recommandées, mais finalement j’ai choisi Banyuls sans vraie raison, ça me plaisait de finir la HRP dans les clous. 

NB : Faire bien attention à la gestion de l’eau sur cette journée, il faisait très chaud fin juillet 2025 et pas mal de sources étaient à sec. Ca coulait quand même bien à la Font de l’Orri (peu après le Puig Neulos, à 950 m d’altitude) et quelques kilomètres plus loin à la Massane (source indiquée par un panneau). 

Je ne croise que peu de monde cet après-midi et j’en suis ravie. La végétation est définitivement bien méditerranéenne, les odeurs se chargent de souvenirs, et la mer devient de plus en plus imposante. Avant d’entamer ma dernière descente, vers le Pic de Sallfort, j’hésite à m’arrêter là pour la journée et à profiter d’un dernier bivouac royal, vue sur mer. 

Mais non, c’est décidé, je finis ! Une bonne descente casse-patte plus loin, me voilà en ville, puis rapidement à la plage. C’est fini ! Je suis épuisée, mon mental lâche et je me mets à pleurer, assise sur un banc face à la mer : j’en peux plus, je suis exténuée, mais surtout je suis tellement fière.

HRP jours 30 et 31 : Du refuge des Cortalets à Amélie-les-Bains, puis au Perthus

Je regroupe ici le récit de mes deux avant-dernières étapes. À ce moment-là, je commençais à vraiment avoir envie d’en finir de ma traversée. Beaucoup de kilomètres, pas mal de routes forestières, des paysages de moins en moins montagnards : la fin approche, et ça se sent. 

J30 : Du refuge des Cortalets à Amélie-les-Bains

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On arrive sur la fin et ça se sent ! Si jusqu’ici j’avais du mal à imaginer la fin de la traversée et le concept de ne pas marcher tous les jours, je commence à avoir envie d’en finir. Et puis je repars sur la TransAlpes après 3 jours de pause alors bon, je continuerai bien à marcher !

La première journée, des Cortalets à Amélie-les-Bains consiste en une longue descente vers la vallée : on quitte définitivement les sommets et l’atmosphère alpine. Il fait très chaud, et il y a peu d’eau sur le tracé HRP. Je me suis retrouvée assez mal, écrasée par la chaleur et sans une goutte d’eau sur la descente vers Amélie-les-Bains. 

Je recommande vraiment de faire un gros stock d’eau aux sources croisées (pour moi les dernières qui coulaient bien étaient vers le 5ème kilomètre de la journée, un peu avant d’arriver à la cabane du Pinatell). 

NB : De manière générale, sur les 3 dernières journées, je recommande de faire de grosses réserves d’eau dès qu’on croise une source. Fin juillet 2025, l’eau était très rare sur ces dernières sections. 

A Amélie-les-Bains, j’ai dormi au camping municipal : j’avais prévu de trouver un spot de bivouac avant ou après, mais j’ai rien croisé de correct et n’ai pas préféré tenter le diable. Je suis contente de l’avoir fait, car je n’ai effectivement pas croisé de bon endroit pour poser la tente avant un bon moment le lendemain. Le camping dispose d’un coin randonneur pas très cher (7 euros en juillet 2025) : personnellement j’étais toute seule donc j’avais un emplacement géant pour moi. 

J31 : DAmélie-les-Bains au Perthus

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Je suis repartie de bon matin le lendemain avec l’idée de viser Las Illas et éventuellement le Perthus, ce que j’ai fini par faire. L’ascension au Roc de France est sympa, et la vue y est très belle. La mer Méditerranée apparaît désormais régulièrement : un horizon qui commence à sembler atteignable et qui constitue une ligne d’arrivée de plus en plus tangible.

Sur cette étape, j’ai croisé très peu de monde, seulement un HRPiste déjà vu à Ulldeter. Je crois que la fin donne des ailes : j’ai fait certaines de mes plus grosses étapes sur ces derniers jours, et beaucoup de compagnons rencontrés sur la traversée ont fait de même.

La descente vers Las Illas est très roulante, on suit majoritairement une longue piste en gravier. Un terrain municipal est à destination des randonneurs pour le bivouac. Quelques tentes y étaient déjà installées quand je suis passée vers 16h : le GR10 passe aussi par là donc il y a pas mal de chances de croiser du monde. Mais la journée était belle, la température supportable et j’avais encore pas mal de jambes, alors j’ai décidé d’aller jusqu’au Perthus. 

La section de Las Illas au Perthus se fait très bien, elle est roulante et peu intéressante. Je suis finalement arrivée vers 19h au Perthus, où j’ai dormi au gîte de Paco. 

Moyennant 10 euros, on a une place dans le jardin, une douche chaude et surtout un accueil du tonnerre. Ça a été l’un de mes meilleurs hébergements sur la HRP. Paco est super sympa, m’a forcé à accepter des paquets de gâteau et des fruits frais avant de repartir le lendemain, et m’a globalement donné l’impression que j’étais chez moi dans sa maison. 

HRP jour 29 : du refugi d’Ulldeter au refuge des Cortalets

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La météo s’annonce très mauvaise toute la journée. Avec mon compagnon HRPiste, nous allons chercher des infos au refuge, et apprenons qu’un certain nombre de randonneurs a décidé de reporter leur journée de marche, ou de descendre dans la vallée. Le tracé de la HRP se fait sur les crêtes, où nous serons exposés au vent, mais le sentier semble roulant. On décide donc de tenter l’étape vers le refuge des Mariailles, avec une solution de repli : si le temps se détériore vraiment, on s’arrêtera à la cabane du Pla Guillem, qu’on devrait atteindre en 4 heures.

Depuis le refuge d’Ulldeter, impossible de voir les crêtes qu’empruntent la HRP et qu’on pouvait pourtant parfaitement distinguer hier : d’épais nuages les dissimulent entièrement. Nous montons rapidement vers le Portella de Morens, dans une brume de plus en plus opaque. A partir de là, les conditions se détériorent rapidement : on n’y voit plus à cinq mètres, l’humidité présente dans l’air nous glace rapidement le corps, fouetté par de constantes rafales qui m’empêchent par moment d’avancer. Heureusement, le sentier est plus ou moins protégé du vent par quelques rochers, mais dès qu’une ouverture se fait, nous sommes frappés de plein fouet par des bourrasques puissantes. 

Nous avançons très lentement. J’ai froid. Je n’ai qu’un short de running depuis le début de la traversée et pour la première fois je regrette de ne pas avoir pris un pantalon léger en plus. Même avec ma doudoune et mon imper, je suis glacée. Mes lunettes, constamment battues par la pluie, m’empêchent de voir. Il y a très peu d’endroits, voire aucun, où se cacher du vent.

Si j’avais été seule, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Comme nous sommes deux, on continue d’avancer, presque sans se poser de question, portés par une forme d’élan qu’il serait difficile de briser. 

Au bout d’un temps qui paraît infini, on arrive à la cabane du Pla Guillem. C’est un abri en pierre, avec une porte lourde qu’on ouvre difficilement. A l’intérieur, rien, du sol en terre battue, un banc en bois défoncé, et surtout pas mal de vent : les pierres laissent largement entrer les rafales. On se réfugie tant bien que mal et on mange un bout, hésitant à repartir ou à rester ici attendre que ça se calme. Après dix minutes, on décide de continuer : d’ici quelques kilomètres, on devrait redescendre dans un vallon, où l’on sera peut-être mieux abrités. 

On se prépare mentalement à affronter la tempête et ressortons. Comme tout à l’heure, on ne distingue rien à quelques mètres. On se bat contre le vent pour faire quelques dizaines de mètres … et on tombe sur un vrai beau refuge, avec des murs, du mortier, et de la fumée qui sort de la cheminée ! On pousse la porte et tombons sur une petite dizaine de randonneurs, réfugiés là, qui rigolent en apprenant qu’on s’était abrités dans la cabane en ruine juste à côté, persuadés que c’était le refuge principal.

On se réchauffe un peu autour du poêle, puis décidons de partir en direction du refuge de Mariailles. Nous coupons hors sentier pour descendre de la crête et nous protéger du vent, et atteignons au bout d’une bonne heure le refuge. Un chocolat chaud plus tard, nous sommes rejoints par deux HRPistes que nous avions déjà rencontrés dans la cabane du Pla Guillem, et qui se joignent à nous pour la suite de la journée. 

Des rafales dépassant les 100 km/h sont attendues au sommet du Canigou, mais mes nouveaux compagnons ne semblent pas trop effrayés. Ils proposent de nous approcher du Canigou, en espérant croiser du monde qui descend et à qui on pourra demander des infos sur les conditions au sommet. Si jamais c’était trop mauvais, on pourrait passer par les crêtes de Barbet, qu’ils ont déjà empruntées il y a quelques années un autre jour de mauvais temps pour éviter le sommet. 

Finalement, on ne croisera personne à qui poser des questions. Au refuge Arago, dernier abri avant l’ascension, j’hésite à m’arrêter, mais poussée par la détermination sans faille de mes compagnons du jour, je décide de continuer. Au pied de la cheminée du Canigou, les rafales deviennent franchement violentes. Le vent nous secoue, nous oblige à nous arrêter régulièrement. On hésite. La cheminée est là, devant nous, mais dans ces conditions, difficile de savoir ce qui nous attend plus haut. Nous finissons par nous séparer : nous sommes trois à choisir les crêtes de Barbet, tandis que le dernier s’engage dans la cheminée. 

Je ne regrette pas mon choix. Les crêtes sont déjà très exposées, mais une courte éclaircie nous offre une vue lointaine sur la Méditerranée. En nous retournant, le sommet reste complètement noyé dans les nuages, invisibles du début à la fin. Aucun regret d’être restée un peu plus bas sur cette crête.

Nous arrivons vite au refuge des Cortalets, et décidons de nous offrir un bon repas et un lit au chaud, nous avons suffisamment souffert pour la journée ! 

HRP jour 28 : du Pla de la Beguda au refugi d’Ulldeter

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Je suis l’une des premières à me lever et avoir plié camp, alors je monte rapidement vers le col pour en profiter un peu seule. La tracé du jour est vraiment agréable, la HRP suit des chemins en crête très roulants, je déroule facilement de sommets en sommets. Un vrai plaisir ! Il y a un peu de monde, mais je me rends compte que ça va probablement être comme ça jusqu’à l’arrivée : les sections les plus sauvages de la HRP sont derrière moi, et d’ailleurs le gros de la traversée est déjà bien passé. 

Je profite de la journée sans me presser, et arrive en milieu d’après-midi au refuge d’Ulldeter. J’ai prévu de planter ma tente aux alentours, et repère rapidement un coin qui me semble propice à un bivouac discret. J’y dépose quelques affaires, fais un brin de toilette dans un ruisseau, puis m’octroie une bonne sieste dans l’herbe. 

Vers 18h, je décide de m’offrir une bière au refuge et m’installe en terrasse quand je suis abordée par un randonneur avec qui j’ai rapidement discuté la veille. Il s’installe avec moi et commence un monologue paternaliste sur la HRP et la randonnée longue distance, visiblement avec la prétention de m’apprendre beaucoup de choses. Je rigole bien quand je comprends au bout d’un moment, qu’il est sur une section de … quatre jours !! Et qu’avec ça il pense m’apprendre à marcher, moi qui en suis à mon 28ème jour de randonnée. 

Je termine rapidement mon verre et retourne à ma tente, planquée derrière un bosquet. Là, je tombe nez-à-nez avec une autre connaissance, un des HRPistes rencontrés à Alós d’Isil, qui a choisi de s’installer au même endroit. Cette fois, la rencontre est beaucoup plus sympa, et on discute un bon moment avant d’aller se coucher.

HRP jour 27 : de l’Estany Negre au Pla de la Beguda

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Avec plusieurs traversées d’espaces urbains et de bonnes portions de marche le long de départementales, le tracé du jour n’est pas des plus agréables. Je profite de l’intermarché de Bolquère pour faire un gros ravito. Sur les étalages, je repère des paquets de rousquilles : ça y est, me voilà déjà bien avancée dans les Pyrénées Orientales. Bientôt, ce sera le Roussillon, puis la mer et la fin de la traversée. 

NB : Pour éviter le détour vers l’hypermarché, il est possible de se ravitailler plutôt à la franchise U du village, mais le choix doit être bien plus réduit et probablement plus cher. Penser aussi à vérifier les horaires, ça m’avait l’air fermé quand je suis passée vers midi. 

Ma matinée se passe sans encombre mais surtout sans attrait particulier. La portion en bord de route est longue, et je regrette déjà les passages les plus sauvages de la HRP. Quelque part, je commence à sentir que la fin approche vraiment, c’est un retour à la civilisation un peu brutal dont je me serai bien passée. 

En début d’après-midi, j’arrive à Eyne et décide de faire une pause à la maison de la vallée d’Eyne, un agréable lieu dédié à cette réserve naturelle. Un food truck propose une offre de restauration qui m’a l’air vraiment bonne, mais comme je viens de me ravitailler je préfère descendre un peu mes stocks. Je commande quand même un café et un gâteau, excellent, et m’installe en terrasse. C’est tellement sympa que j’y reste deux bonnes heures, à feuilleter des bouquins de la petite bibliothèque en libre service à l’intérieur de l’espace de médiation. Il y a aussi une petite expo, très intéressante, sur les oiseaux du coin, et un joli espace botanique extérieur. C’est un lieu vraiment chouette, animé par une équipe très sympa. 

Vers 17h, je me décide à repartir. J’avais un peu hésité à poser ma tente dans l’espace de bivouac prévu par le village d’Eyne, mais finalement je me sens en forme et j’ai envie de profiter de ces dernières nuits de bivouac. Je vais essayer d’aller dormir vers le Pla de la Beguda, voire, si je suis suffisamment en forme, quelque part sur les crêtes en allant vers le Pic d’Eyne. 

La vallée d’Eyne est belle et calme, quoiqu’encore un peu fréquentée en cette fin d’après-midi. Le sentier monte paisiblement en suivant un torrent, il fait beau et je croise de moins en moins de monde : je suis ravie. J’arrive un peu tard vers le Pla de la Beguda, étant partie assez tardivement d’Eyne, alors je décide d’y rester pour dormir. Je ne suis pas la seule, plusieurs tentes se devinent plus ou moins loin. La grande solitude, seule face à la montagne, c’est fini ! 

HRP jour 26 : du Pas de la Case à l’Estany Negre

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Nouvelle journée de pluie, mais je quitte quand même le Pas de la Case sans regret. Je chemine dans la brume toute la matinée, sans rien voir de ce qui m’entoure. Au Portella de Lanós, je distingue le Pic Carlit, point de passage de la HRP, entièrement dans les nuages. Je continue sur quelques kilomètres puis m’arrête pour manger un bout juste avant la montée vers le Carlit, en espérant croiser quelqu’un qui pourra m’informer des conditions au sommet. 

Au bout d’un petit moment, un groupe descend et m’indique que le chemin est plutôt technique, qu’on y voit rien du tout et que la température au sommet est glaciale. Je décide de m’engager quand même sur le sentier, puis croise un randonneur qui me déconseille vivement de continuer : c’est la tempête au sommet. Bon … Je rebrousse chemin et choisis de contourner le Carlit en passant par le Portella de la Grava. 

Les nuages redescendent dans la vallée et obscurcissent le paysage pendant tout l’aprem, alors je me réconforte de mon abandon en me disant que je n’aurais probablement eu aucune vue au sommet. J’arrive au lac des Bouillouses en fin d’aprem, et le ciel se dégage enfin. On se croirait en Suède, j’y retrouve un air de Västerbotten. J’y trouve aussi un spot de bivouac idyllique mais déjà pris, et en dépasse plusieurs un peu moins sympa en me disant que je trouverai mieux ailleurs. Plus j’avance, plus je croise de monde et de tentes, l’endroit est visiblement bien fréquenté. Résultat j’atteins le barrage de Bouillouses avant d’avoir trouvé mon bonheur : me voilà bien avancée. Je pousse donc jusqu’à l’Estany negre, où je trouve un joli spot : je suis la seule personne aux alentours !

HRP jour 25 : du Pla de Baiau à Arinsal

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Réveil matinal ce matin et départ à l’aube. Le ciel est déjà bien obscurci, alors je me dépêche de grimper vers les lacs de Baiau et leur col. Mon compagnon de dîner d’hier m’a alerté que le col est l’un des plus difficiles du GR 11, on verra bien ce que ça donne !

Je ne croise pas un chat sur le sentier jusqu’aux lacs, mais trouve par terre un tour de cou, que je décide de dérober : ça sera mon souvenir de la HRP (et désolée pour la personne à qui je l’ai volé – je me suis dit qu’il y avait peu de chance que quelqu’un revienne le chercher par ce temps) ! 

En arrivant aux lacs, quelle n’est pas ma surprise de croiser les premiers randonneurs de la journée : un nouveau groupe de scouts réfugiés dans le refuge non gardé de Baiau, qui comptent y passer l’orage ! Ni une ni deux, je m’engage vers le col, et croise deux HRPistes qui en descendent et qui me confirment que la descente vers Arinsal est bien roulante de l’autre côté. L’ascension vers le Portella de Baiau se fait plutôt bien mais c’est vrai que la dernière section, ultra raide et sur du mauvais terrain schisteux, requiert un peu d’attention.

J’arrive au col alors que de bonnes rafales commencent à souffler et que les nuages s’abaissent, alors je ne traîne pas. Quelques kilomètres plus tard, j’aperçois les premiers signes de retour à la civilisation, et avant midi me voilà à Arinsal, attablée devant un café crème et un carrot cake ! 

Comme la météo est pourrie et que mes chaussures sont mortes, je décide carrément de prendre un car vers le Pas de la Case. Je vais louper une étape, en même temps ça n’aurait pas été la plus belle et je n’ai aucune envie de me forcer à marcher et surtout bivouaquer sous la pluie battante, encore moins avec des chaussures dont les semelles tiennent à peine. 

L’arrivée au Pas de la Case constitue un retour très brutal à la civilisation. La ville est franchement moche et consiste en un amoncellement de supermarchés pas chers qui débordent surtout d’alcool, de cigarettes et d’huile d’olive. Drôle d’ambiance. Je m’achète une nouvelle paire de chaussures, jette mes ultra raptor chéries à la poubelle, et rentre dormir de bonne heure. Je profite d’un miroir dans ma chambre pour vérifier l’état de ma fesse post-chute à Alos d’Isil : un énorme bleu noir mange tout le haut de ma cuisse.

HRP jour 24 : du refuge Bordes de Graus au Pla de Baiau

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Je dis adieu de bon matin à mes compagnons HRPistes car nos chemins se quittent. Eux suivent la HRP vers l’Ariège, et j’ai de mon côté choisi de shunter vers l’Andorre pour gagner un jour de traversée et surtout pour me racheter des chaussures. Après plus de 400 km, les miennes, qui n’étaient pas neuves, sont totalement mortes, s’ouvrent de tous les côtés, et je commence à avoir vraiment mal aux pieds après mes journées de marche. 

Je vise un bivouac au Pla de Boet ou de Baiau, dans le Vall Ferrera, pour pouvoir passer en Andorre tôt le lendemain, alors j’ai une grosse journée devant moi. Je me mets un podcast dans les oreilles pour dérouler, et j’avance à toute vitesse le long du riu de Lladore. Si vous décidez de couper vers l’Andorre comme moi, je recommande d’éventuellement faire du stop ici s’il y a des voitures : le tracé n’a aucun intérêt sur 6 ou 7 km. Sinon il y a l’itinéraire Porta del Cel en crête à suivre à partir de Tavascan, mais qui rate le très joli Pla de Boavi, que j’ai trouvé particulièrement idyllique. 

Une fois la section de route passée et le Pla de Boavi dépassé, on remonte dans un joli vallon vers le col de Baborte. De là, on atteint rapidement le lac de Baborte et son refuge non gardé, encore une fois bondé : les scouts espagnols sont de sortie !

Au Pla de Boet, deux options s’offrent à moi : continuer vers le Port de Boet qui débouche en Ariège, ou récupérer le GR 11 vers le Portella de Baiau et l’Andorre. Comme je cherche un retour à la civilisation et une boutique de chaussures, direction l’Andorre ! 

Je découvre sur un panneau que le bivouac est interdit dans tout le vallon jusqu’en Andorre … Il y a bien le refuge de Vall Ferrera pas loin, mais je trouve que j’ai déjà utilisé beaucoup de jokers refuges alors je décide de planter la tente quand même, mais en visant un coin un peu caché plus en hauteur. Je trouve mon bonheur vers le Pla de Baiau, et dîne avec un randonneur rencontré un peu plus tôt. On se couche de bonne heure : un orage est prévu demain matin de bonne heure, alors je vise de passer le col du Portella de Baiau, à 2777 m, le plus tôt possible. 

HRP jour 23 : d’Alós d’Isil au refuge Bordes de Graus

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Je quitte le joli refuge d’Alos d’Isil de bon matin, et m’engage sur la route en fond de vallée que suit la HRP sur quelques kilomètres. Au bout d’une vingtaine de minute, je croise un espagnol qui arrive en sens inverse, et qui me prévient d’un air effrayé qu’il vient de croiser un ours, un peu plus loin, qui traversait tranquillement le sentier !

Si des ours sont présents sur l’ensemble des Pyrénées, ils sont particulièrement concentrés dans les Pyrénées centrales et notamment en Ariège. Je savais bien que ce serait possible d’en apercevoir de loin, mais l’idée d’en rencontrer un en face à face m’inquiète un peu. Je décide de continuer seule, mais me sens peu à peu gagnée par l’appréhension en approchant du point de rencontre décrit par le randonneur espagnol. Je choisis donc d’attendre Sophie, que je sais être quelque part derrière moi, avant de reprendre la route. Effectivement, je l’entends arriver une dizaine de minutes plus tard, et nous décidons de continuer la journée à deux. 

La montée jusqu’au Coll de Cornella se fait plutôt bien, mais la redescente de l’autre côté est bien raide, sur du terrain schisteux qui se casse la figure. On descend lentement, pas trop sûres d’être sur le tracé mais en visant une sente qu’on voit une centaine de mètres plus bas. Après un court pique nique au bord d’un des lacs de la Tartera, on remonte en direction du Coll Curiós en hors sentier approximatif et un peu casse gueule. Une fois arrivées vers le col, on constate qu’il y avait pourtant bien un sentier qui y montait, qu’on a dû louper rapidement après être partie des lacs. 

A partir de là, le tracé redevient plutôt roulant jusqu’au Coll de Calberante, où une splendide vue s’ouvre sur la succession des lacs de la Gallina. S’ensuit une longue descente vers le hameau de Noarre, au gré des laquets, torrents et canyons creusés par l’eau, dans un bel environnement sauvage. J’avais envisagé de dormir au Refuge Mont-Roig Enric Pujol, mais il est déjà complet : un groupe scout exclusivement féminin y a élu domicile pour la nuit ! 

De notre côté, on décide de viser le camping du Refuge Bordes de Graus pour la nuit, et de s’offrir un bon repas chaud là-bas. On y retrouve quelques HRPistes déjà croisés, et c’est l’occasion de partager un dîner très copieux à la table de l’auberge, avec vin inclus dans le menu ! A noter qu’on peut acheter quelques trucs au refuge mais qu’ils ne sont pas bien achalandés, il faut faire le détour jusqu’au village de Tavascan (environ 2 km) pour un vrai ravito. 

HRP jour 22 : de Salardú à Alós d’Isil

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J’ai bien dormi cette nuit et je me lève pleine de joie pour la première fois depuis de nombreux jours : c’est décidé, je continue ! Je ne me l’explique pas, j’avais probablement simplement besoin de dormir, de reconnecter avec des humains, et manger davantage. En tout cas, en me levant ce matin, c’est clair : je veux continuer à marcher, j’ai le temps devant moi alors je vais simplement moins me stresser sur l’impératif de finir la traversée et marcher parce que j’aime ça, par pour atteindre Banyuls à tout prix. 

Je fais un coup de stop pour aller récupérer la HRP au Port de la Bonaigua, et commence l’une des très belles journées de la traversée. Je ne croiserai quasiment personne aujourd’hui, l’ambiance est sauvage, et toute une partie du tracé se fait en hors sentier : un parfait combo pour re-rentrer en pleine forme sur la HRP. 

Attention, très peu d’eau sur cette journée, c’est l’une des premières fois où ma stratégie minimaliste de port d’eau m’a joué des tours ! A part l’eau pas très claire des lacs et de quelques très rares sources qui les alimentent faiblement mais coulent lentement et se chargent donc de pas mal de saletés, rien de propre à boire avant la cabane d’Airoto. Avec un filtre ça passe évidemment mais simplement il n’y a pas beaucoup de cours d’eau donc bien se servir quand on en croise !

La journée se fait sans croiser personne, dans un environnement minéral assez sauvage et en grande partie sur des champs de blocs sporadiquement balisés (où alors j’en ai loupé ?). Je me perds à deux reprises entre l’Estany de Garrabea et le col d’Airoto mais finit par retrouver des balises en suivant grosso modo les courbes de niveau, ce que me semble faire aussi la HRP. 

La cabane d’Airoto est vraiment mignonne et bien aménagée, mais je décide de pousser jusqu’au refuge d’Alos d’Isil pour dormir. Après tout c’est mon premier jour de reprise “sereine” de la HRP, j’ai bien envie de finir la journée par un gros repas et par des discussions avec d’autres randonneurs pour ne pas retomber immédiatement dans la solitude !

Encore un peu de montée hors sentier vers le Collada del Clot de Moredo, puis la descente se fait assez tranquillement et longuement vers Alos d’Isil. Alors que je parcours de longues pentes herbeuses, quelques kilomètres avant le village, je me sens pousser des ailes et accélère pour arriver vite au refuge. Grave erreur, je glisse sur les herbes grasses et tombe de tout mon poids sur un bon rocher caché sous la végétation : j’y laisse la peau de ma fesse droite, entièrement arrachée par l’âpreté de la roche ! 

Une fois les saignements arrêtés, j’aurais le droit à un bleu de l’enfer qui va teinter de noir l’intégralité de ma fesse et du haut de ma cuisse pendant presque un mois : on croirait que je suis en train de devenir une zombie. 

Je descends donc toute penaude et arrive au refuge avec la jambe pleine de sang, en mode épopée apocalyptique. C’était super d’être remotivée par les sentiers, mais pour le coup j’y suis peut-être allé un peu fort ! Mais la soirée est super, le refuge est tenu par un jeune qui fait quasiment tout tout seul, et on y mange et dort bien. Les seuls clients de passage sont tous HRPistes, et j’ai la bonne surprise de retrouver parmi eux deux HRPistes, dont Sophie, l’autre fille qui voyage solo, que j’ai déjà croisés plusieurs fois depuis trois semaines !