Matériel UL : comment marcher léger sans y laisser un SMIC ? 

En quelques années, j’ai largement réduit le poids de mon sac à dos de trek, qui contient quasiment la même chose que ce soit pour marcher 3 jours ou 1 mois. Je suis passée d’un poids de base (donc sans eau ni nourriture) d’environ 8 kg à moins de 5,5 kg. Cet article n’a pas vocation à répondre à toutes les questions autour du matos, et j’aurai du mal à synthétiser les centaines d’heures que j’ai passées sur le forum randonner-léger, sur Reddit, Youtube, Gearlab et cie. J’y donne néanmoins quelques conseils pour réduire son poids porté sans y laisser son salaire et vous partage ma liste perso de matos comme illustration.

Une sommaire s’annonce essentiel car quand on parle matos, j’ai du mal à rester concise :

Astuces en vrac pour réduire le poids de son sac et liens utiles 

Côté vêtements

Si je ne devais donner qu’un conseil, ce serait celui-ci : ne portez pas plus d’UNE tenue pour le jour. Que ce soit sur un mois ou moins, je ne prends toujours qu’un seul t-shirt, et là, vive le mérinos ! Ok, sur la HRP j’ai triché, j’ai porté un t-shirt ET une brassière et j’ai randonné certains jours juste en brassière, ça compte comme deuxième tenue. Et pour le bas, qu’il pleuve ou qu’il neige, je suis en short de trail. Chacun sa philosophie mais je considère que si les PCTistes passent le Forester pass à 4009 mètres en short, je peux traverser les Alpes avec le même attirail. 

Dans la même lignée, je ne porte jamais de sur-pantalon de pluie et j’emporte rarement ma veste Gore-tex mais plutôt une veste de trail ultra légère (j’ai celle-ci qui n’est plus vendue mais dans le genre pas trop cher il y en a des équivalentes chez kiprun). Si jamais il y a de grosses intempéries de prévues, je repère à l’avance les lieux de repli, prends éventuellement un jour off en cas d’orage toute une journée, ou au pire plante ma tente et me réfugie dedans (notamment en cas d’imprévus météo). Jusqu’ici, cette technique légèrement joueuse du matos de pluie ne m’a jamais joué de tour MAIS on est d’accord c’est joueur donc il faut avoir une bonne gestion du risque météo. 

Pour les sous-vêtements et chaussettes, autorisez-vous une rechange de chaque si vous y tenez, mais pas la peine d’aller plus loin ! 

Pour avoir chaud le soir au bivouac, préférez une doudoune (certaines synthétiques ont un très bon ratio poids / chaleur si vous ne voulez pas acheter du duvet) aux polaires, beaucoup trop lourdes pour la chaleur qu’elles apportent. 

Et basta, pas besoin de plus d’habits !

Côté “big three” : abri, système de couchage et sac à dos

Sur le big three, mon meilleur conseil est de ne pas y mettre un SMIC, et surtout si vous débutez l’itinérance, on sait jamais vous allez peut-être détester !  

Des tentes légères et pas (trop) chères ça existe, franchement pas la peine d’investir dans du dyneema dès vos premiers treks. Personnellement, je fais vraiment confiance à Décathlon pour mes tentes et à sa gamme MT900 : j’ai la tente tarp une personne quand je suis seule (utilisée sur une cinquantaine de bivouacs et toujours aussi nickel), et en complément la tente dôme deux personnes. À 900 g et 1,7 kg, on reste sur de l’ultra léger ultra-fiable, avec un coût au gramme gagné défiant toute concurrence.

Ok, je rêve un jour d’avoir une tente Zpacks mais bon en vrai à moins qu’elle me tombe du ciel dans les mains je crois que je n’arriverai jamais à lâcher 1000 euros dedans. En attendant, ma prochaine étape ultra light ça sera plutôt de tester la nuit en tarp !

Pour ce qui est du matelas et du duvet / quilt, okayy, j’ai succombé aux sirènes de l’ultra light et j’ai bien investi au fil du temps. Je suis passée d’un duvet en synthétique Simond à un duvet Spark de chez Sea to Summit (guettez les promotions, assez fréquentes sur ce modèle) et j’ai quitté mon vieux matelas de camping pour un matelas très léger, très cher et très peu confortable Thermarest. Pour le coup, les options Decathlon me semblent moins compétitives sur le système de couchage : même leur gamme dite « ultra light » reste encore trop lourde et volumineuse à mon goût sur ces deux postes.

Ce que je porte dans mon sac pour l’itinérance et le bivouac

Répartition du poids de base

Big Three 2 509 g · 47 %
Vêtements 1 000 g · 19 %
Reste du sac 1 031 g · 19 %
Hygiène 400 g · 8 %
Cuisine 389 g · 7 %

Poids de base : 5 329 g. Le gaz, l’eau et la nourriture ne sont pas inclus.

Matériel Usage Poids Mon avis
Poids total du sac 5 540 g 5 329 g de poids de base + 211 g de consommables
Big Three 2 509 g
Black Diamond Beta Light 45 Sac à dos 890 g Léger, modulable et ultra-résistant : parfait pour moi. Léger regret de ne pas avoir un beau sac Atelier Longue Distance, mais acheté à -40 %, celui-ci était imbattable.
Forclaz MT900 Tarp Tent 1P Tente 930 g Rapport qualité-prix, et surtout poids-prix, imbattable. Une cinquantaine de nuits de bivouac et toujours en excellent état.
Therm-a-Rest NeoAir XLite NXT Small Matelas 326 g Pas ultra-confortable, mais ultra-léger.
Sea to Summit Spark -1°C Duvet 363 g Très léger et acheté à -40 %, donc j’en suis très heureuse. La version plus chaude serait cependant plus polyvalente.
Cuisine 600 g dont 211 g de consommables
Jetboil Flash Réchaud 371 g Je fais avec pour l’instant malgré son poids. Je passerai probablement au combo Soto WindMaster + popote en titane pour ma prochaine aventure.
MSR IsoPro 110 g Gaz 211 g —
Cuillère Couvert 18 g —
Vêtements de rechange 1 000 g
Doudoune synthétique Simond Isolation 330 g Légère et suffisamment chaude.
Collant Kari Traa 100 % mérinos Tenue pour la nuit 220 g —
T-shirt 100 % mérinos manches longues Stoic Tenue pour la nuit 250 g —
Vertical Shell Light Jkt W Coupe-vent / imperméable 130 g Très légère, mais c’est un choix un peu risqué : ce n’est pas une très bonne couche contre les intempéries.
Culotte de rechange 1 rechange 30 g —
Chaussettes de rechange 1 rechange 40 g —
Hygiène 400 g
Crème solaire SPF50+ Protection solaire 165 g Essentielle quand on passe son temps dehors.
Stick solaire SPF50+ Protection du visage 35 g J’ai la peau très fragile, donc je prends un stick spécifiquement pour le visage. Ce serait probablement inutile pour beaucoup de monde.
Brosse à dents Hygiène dentaire 20 g Le manche n’est toujours pas coupé.
Savon Toilette 40 g Prendre simplement un morceau coupé ou un savon déjà bien utilisé.
Mini dentifrice Hygiène dentaire 30 g —
Protections hygiéniques 5 tampons + 5 serviettes 40 g —
Bandana Hygiène 40 g Pee rag ou serviette selon les sorties.
Demi-rouleau de papier toilette Hygiène 30 g —
Reste du sac 1 031 g
Drap de sac de trekking en soie MT500 Drap de sac 110 g Peut sauter en fonction des sorties.
Poche à eau Décathlon 2 L Transport de l’eau 105 g Peut également sauter en fonction des sorties.
Cocoon Drybag Ultralight 13 L × 2 Rangement étanche 96 g Peut être remplacé par un sac plastique lambda.
Sawyer Mini Filtre à eau 37 g Je ne le prends quasiment jamais : je filtre très rarement mon eau.
Petzl Actik Core Lampe frontale 88 g Nickel : bonne puissance et alimentation polyvalente, sur batterie rechargeable comme sur piles.
Bouteille plastique 1 L Transport de l’eau 25 g Ultra-light et difficile à battre.
Havaianas Slim Chaussures de bivouac 250 g Des camp shoes un peu lourdes.
Lunettes de soleil + étui souple Protection solaire 45 g —
INIU Pocket Pro 10 000 mAh Batterie externe 160 g Recharge environ deux fois et demie mon téléphone.
Chargeur + câble USB-C Électronique 75 g —
Clés — 40 g —

Les poids correspondent à mon matériel et peuvent évoluer selon la saison, l’altitude et l’itinéraire. Le poids total indiqué comprend le matériel consommable, mais pas l’eau ni la nourriture.

PS n°1 : Pour tout le côté hygiène et rando ultra légère, je vous laisse consulter mon article sur le sujet !

PS : Garmin inReach, essentiel ou pas pour les traversées engagées type HRP ? 

Personnellement j’ai fait ma HRP sans, et je crois être l’une des seules personnes seules qui n’en avait pas que j’ai vues en juillet 2025. Ça m’a coûté la section du Portillon au Tuc de Molière que je n’ai pas effectuée car j’étais seule, sans réseau, et avais peur si je me blessais de ne pouvoir alerter personne. 300 euros (sans compter le coût de l’abonnement Garmin satellitaire) c’est un investissement conséquent, mais si vous avez les fonds pourquoi pas. 

Aujourd’hui j’ai plus confiance en moi et je connais mieux mes capacités en montagne et je pense que si le choix s’offrait de nouveau à moi j’irais tenter ma chance du côté des Gourgs Blancs sans Garmin Inreach, et j’ai bien prévu d’y aller un de ces jours. Ça sera sans Garmin Inreach pour moi, à moins qu’un jour je me lance sur le Hayduke Trail. Nos montagnes européennes restent largement civilisées, et je n’ai pas l’impression d’y avoir besoin d’une connexion satellite. 

PS n°2 : Allez pour le plaisir je partage aussi mon lighterpack 😉 

Alimentation en trek : tenir la distance sans trop porter dans son sac à dos 

L’importance de bien s’alimenter en trek longue distance

S’alimenter correctement sur de la longue distance, c’est absolument essentiel si on veut tenir la distance. Mais entendons-nous bien : quand je parle de bien s’alimenter, je parle bien d’ingérer des quantités suffisantes de calories afin de fournir à son corps les moyens de ses ambitions ! 

Pour ce qui est de manger sainement, c’est autre chose, et ça demande une stratégie adaptée. Pour moi, les fruits et légumes sont des luxes que je m’accorde aux points de ravito, mais dans le sac c’est surtout un poids énorme vu leur teneur en eau : mieux vaut donc éviter de les porter trop longtemps. 

Par contre manger en grande quantité, c’est vraiment le nerf de la guerre pour avoir suffisamment d’énergie. J’ai fait l’erreur sur ma HRP de manger trop peu, et j’en ai vraiment fait les frais, avec une énorme baisse de régime en milieu de traversée. 

Effectivement, en fonction des étapes qu’on fait, notre corps peut facilement consommer de 3000 à 4000 kcal par jour, ce qui est énorme. Si on n’adapte pas son alimentation à ce sur-régime, l’organisme va aller chercher de l’énergie dans ses réserves, notamment dans ses propres protéines (c’est-à-dire ses muscles). Ce qui provoque une baisse de la force et de grosses fatigues. 

En parallèle, un déficit calorique prolongé cumulé avec des efforts importants peut fortement perturber l’endormissement. Ça paraît un peu contre-intuitif et on aurait plutôt l’impression qu’un corps épuisé s’endort instantanément, mais au contraire le corps et le cerveau peuvent passer en état de “stress” lié à une sous-alimentation et empêcher de s’endormir. 

Ce que je dis là s’applique à moi, et à pas mal de randonneur·se·s que j’ai rencontré·e·s, mais évidemment c’est à adapter à ses propres sensations. Dans mon cas, je sais que je n’ai pas particulièrement besoin de faire attention à beaucoup manger sur des sorties de 2 à 3 jours, mais au-delà ça devient vraiment important surtout si j’ai des étapes à plus de 25km et/ou plus de 1800 m de dénivelés positifs environ. 

Conseils rapides pour manger suffisamment sur de grosses étapes

Quelques conseils rapides et pas du tout exhaustifs pour augmenter l’apport calorique de vos repas et encas : 

  • 1. Augmenter la densité calorique des repas

    Ajoutez des oléagineux, de l’huile ou du beurre d’arachide et du fromage à pâte dure. Personnellement, j’ai toujours une petite bouteille plastique d’huile d’olive et/ou un pot de beurre de cacahuète, et j’en ajoute systématiquement à tous mes repas. Je consomme aussi souvent du beurre de cacahuète à la cuillère en fin de repas pour bien me caler.

  • 2. Manger tout au long de la journée

    Sur les grosses journées, mangez en permanence sans attendre d’avoir faim. L’idéal est de prendre un encas toutes les heures ou tous les 400 mètres de dénivelé (fruits secs, barre d’effort, cacahuètes, biscuits). Cela permet d’alimenter le corps en continu et d’éviter le coup de pompe.

  • 3. Recharge en glucides complexes le soir

    Privilégiez un repas du soir à base de glucides complexes (purée en flocons, semoule, pâtes). Cela permet de reconstituer les réserves de glycogène pour absorber les efforts du jour et bien préparer la journée du lendemain.

Les meilleurs aliments pour le trek : maximiser le ratio kcal/100g 

Combien de calories pour 100 g ?

Quelques aliments qui finissent régulièrement dans mon sac, classés par densité énergétique.

Huile d’olive
~900 kcal
Cacahuètes / fruits à coque
~580–650
Beurre de cacahuète
~600
Chocolat
~530–600
Biscuits / petits gâteaux
~400–500
Saucisson
~400–450
Comté
~410
Barres de céréales
~350–450
Semoule sèche
~350–370
Purée en flocons
~350–370
Pâtes cuisson 3 min
~350
Bonbons type Haribo
~340
Lait concentré sucré
~320
Wrap / tortilla
~300–330
Fruits secs
~250–320
0 300 600 900 kcal / 100 g

Valeurs indicatives pour 100 g de produit avant préparation. Elles varient selon les marques et les recettes ; l’objectif est surtout de comparer les ordres de grandeur.

Bien gérer ses ravitaillements 

Évidemment, bien gérer ses ravitaillements, c’est essentiel, à la fois pour ne pas manquer et pour ne pas porter beaucoup trop de nourriture. Je suis bien sûr tombée dans ces deux écueils, et ce que je recommande, c’est de :

  • 1. Prévoir ses ravitos un minimum à l’avance

    Je ne suis pas une grande fan de la sur-organisation en trek et personnellement je pars généralement sans liste toute prête des points de ravito sur un mois entier, mais j’ai toujours en tête les deux étapes sans ravito qui viennent et les prochaines épiceries sur ma route.

  • 2. Profiter des épiceries et villages pour faire le plein de vitamines

    Ma stratégie consistant à ne transporter quasiment aucun fruit ni légume frais (car ils sont gorgés d’eau et donc lourds), j’en mange en quantité dès que je m’arrête faire des courses ! C’est généralement ce qui me manque le plus quand je marche plus d’une semaine. C’est aussi possible de compter sur les refuges pour manger quelques légumes, mais bon, les probabilités sont plus élevées d’y manger de la polenta que des courgettes.

  • 3. Surtout être rationnel·le au moment de se ravitailler

    La faim et l’envie m’ont souvent fait acheter beaucoup trop. C’est vraiment important de prendre le temps de réfléchir au nombre de jours d’autonomie dont on a besoin et à ce que ça représente en termes de nourriture, en prévoyant toujours légèrement large et jamais trop juste au risque de tomber en déficit calorique trop important !

Hygiène en bivouac & trek : le guide sans filtre

Toilette du soir, pipi et caca dans la nature, gestion des règles et de ses vêtements : comment rester propre quand on marche et dors loin de tout, tout en restant léger et en respectant le leave no trace ?

Vous voulez seulement apprendre à creuser un trou à caca et pas à vous laver avec votre chaussette sale ? Accédez directement à la section qui vous intéresse : 

Apprendre à déconstruire son idée du propre 

Je crois qu’il est plutôt pratique de ne pas être une personne ultra à cheval sur la propreté si on veut passer des semaines entières à dormir dans la nature sans voir de vraie douche, mais c’est possible d’y aller vraiment par étape. 

Mon premier test d’itinérance a été une boucle assez classique de trois jours dans les Ecrins, du lac du Lauvitel au lac de la Muzelle en passant par le lac du Plan Vianney et Valsenestre. On était à deux, et je me souviens qu’on avait bien rigolé en allant faire caca au petit matin au grand air. Sur trois jours, rester relativement propre semblait tenable et au pire on savait qu’on pourrait se doucher rapidement donc on s’en fichait un peu. En même temps, si nous on restait plutôt propre, je me souviens qu’on avait été horrifiés par la quantité de PQ souillé abandonné autour de l’aire de bivouac obligatoire de Valsenestre (un vrai chemin de petit poucet en papier rose du bivouac à la rivière) et derrière un gros rocher proche du lac de la Muzelle. C’était ma première rencontre avec le PQ sauvage, fléau que je côtoie malheureusement dès que je vais en montagne. 

Pour mon premier GR en solo sur le Tour du Queyras, j’avais dormi grosso modo une nuit sur trois dans du dur ou proche d’un refuge, me permettant de me doucher assez fréquemment et de ne pas trop avoir à me poser la question de l’hygiène. Je devais porter 3 ou 4 culottes et paires de chaussettes et deux t-shirts, ce qui fait que j’avais dû faire une petite lessive de lavabo dans un gîte et c’est tout. 

Même sur ma HRP, j’ai réussi à prendre une douche environ tous les trois ou quatre jours, en passant à côté de refuge ou de camping. Mais je ne portais plus qu’un unique t-shirt de jour (sur moi donc), j’ai dû gérer une poubelle bien pleine sur des sections sauvages de 4 à 5 jours (car oui, je porte mon PQ souillé dans ma poubelle, et évidemment mes protections hygiéniques sales aussi), et surtout j’ai testé le pee rag ! Bref, on commençait à aller vers une vraie autonomie de trek en respect d’une philosophie à la fois UL (ultra light) et LNT (leave no trace). 

Maintenant, je passe facilement une semaine entière sans me doucher et avec une seule “tenue de jour”, en faisant des petites toilettes de chat et rinçage d’habits tous les soirs tout en respectant les espaces naturels. Généralement je commence un peu à le sentir au bout de 5 ou 6 jours, surtout côté cheveux longs qui grattent, mais c’est la rançon à payer pour avoir le bonheur d’aller se balader dans des coins sauvages sur le long terme ! 

Je n’ai pas la prétention de réinventer la roue et vous trouverez des mines d’or d’informations sur internet (dont, comme d’habitude, sur le fabuleux forum Randonner-Léger). Cependant, on s’y perd parfois un peu et on y trouve surtout très peu de retours de femmes. Alors voici mes meilleurs conseils de terrain !

Routine propreté au bivouac : se laver et laver ses habits

Pour pouvoir marcher pendant des jours voire des semaines sans se doucher et sans changer de fringues, l’essentiel est de maintenir une routine stricte et archi simple une fois le camp installé le soir (ou avant pour profiter du soleil pour se sécher / sécher ses habits). 

Pas besoin de savon ni de lessive, dont l’utilisation serait franchement mauvaise pour les cours d’eau comme pour les sols et leurs habitants. Vous vous trouvez un joli petit cours d’eau, à préférer largement aux lacs de montagne qui sont des espaces naturels très sensibles, où vous pourrez rincer vos habits du jour (après vous être changés dans vos vêtements du soir ou en tenue d’Adam et Eve pour sentir l’air frais de la montagne sur votre corps tout nu en parfait accord avec cette jolie construction culturelle de “nature”). Une fois rincés, on essore un max le tout et on profite de la fin de journée pour faire sécher ses habits avant de les pendre sur les haubans de la tente ou quelque part à l’intérieur. Demain matin, des habits tout beaux tout propres vous attendront ! 

Le conseil mérinos : La laine mérinos, c’est clairement le meilleur matériau pour sentir presque bon en trek. En juillet et août 2025, j’ai enchaîné un mois et demi de rando en bivouac sur ma traversée intégrale des Pyrénées puis sur ma traversée Sud des Alpes avec un seul t-shirt, porté absolument tous les jours (45 jours de suite, donc) et jamais lavé en machine. Franchement il a mis 3 semaines à sentir vaguement mauvais et encore ça allait. 

Côté hygiène perso, une petite toilette de chat suffit largement chaque soir. Personnellement j’utilise une technique qui en refroidira certain.e.s mais qui a le mérite d’être efficace et de réduire mon matériel au maximum : je me frotte avec ma chaussette du jour bien rincée en guise de gant de toilette puis je me sèche avec un bandana. Ça me fait me sentir bien propre, ne pèse que 40 grammes de matos et franchement ça me suffit sur une bonne semaine. 

Niveau vêtements, que ce soit pour 3 jours ou pour 1 mois, je porte donc uniquement :

  • En journée : 1 t-shirt, 1 short de trail, 1 culotte (parfois 2), 1 paire de chaussettes (parfois 2).
  • Pour la nuit : 1 tenue dédiée (t-shirt manches longues en mérinos et legging mérinos selon l’altitude et la saison).
  • Protections météo : 1 doudoune légère et 1 veste imperméable contre le vent et la pluie.

Et c’est TOUT !

Faire ses besoins dans la nature, les bases de l’hygiène en restant léger et écolo 

Si vous voyagez du côté des US, vous allez voir que les Américains sont bien plus en avance que nous côté urine et excréments dans la nature. Pelles à caca (poop shovels / trowels), chiffon à pipi (pee rag), bidet portable (CuloClean) et autres sacs à déjections (wag bags) : côté besoins naturels et respect de la nature, les Américains en ont un rayon à nous apprendre ! 

Aux Etats-Unis, il y a des espaces naturels tellement protégés qu’on ne peut y faire caca, et que si on décide tout de même de s’y rendre on doit faire ses besoins dans des petites poches en alu qu’on doit ensuite transporter sur plusieurs jours dans son sac. Vous m’avez bien lue, j’ai randonné pendant plusieurs jours en portant mon caca dans mon sac ! 

En attendant, en France, on couvre nos montagnes d’excréments et surtout de PQ. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que le papier toilette met des semaines voire quelques mois à se biodégrader, et que dans tous les cas, jeter du PQ souillé en montagne c’est perturber un espace naturel sensible avec quelque chose qui n’a rien à y faire. Il y en a qui ensevelissent leur papier toilette en pensant bien faire, mais le mieux reste de tout emporter avec soi dans sa poubelle, à moins de se passer entièrement de PQ en utilisant sa main, de l’eau, une pierre, une branche ou que sais-je. 

Pour réduire au maximum votre utilisation de papier toilette, plusieurs méthodes s’offrent à vous : 

  • Niveau urine, je m’essuie personnellement avec un pee rag (ou chiffon à pipi en français) qui est en fait un simple bandana accroché à l’extérieur de mon sac. Je le rince quand je peux et je le laisse sécher au soleil toute la journée. J’ai lu quelque part que l’action du soleil était désinfectante, mais si vous voulez un produit antibactérien vous pouvez vous procurer un kula cloth (oui, même en France !). Évidemment, on garde le pee rag pour le pipi seulement. 
  • Niveau excrément, je reste attachée à la tradition et me balade toujours avec quelques feuilles de PQ que je mets une fois souillées dans ma poubelle, mais certains utilisent un bidet portable qui se fixe sur une bouteille d’eau. Le modèle le plus commun est le CuloClean. J’aime bien me laver les mains avec un tout petit peu de gel hydroalcoolique après, donc j’en porte toujours un mini flacon, c’est peut-être plus psychologique que vraiment utile. 

Et si mon accroche sur les wag bags et les poop shovels vous a rendu curieux.ses, voici quelques ressources sur le sujet pipi caca et leave no trace : 

Gérer ses règles en trek 

En soi, je n’ai pas de conseil révolutionnaire sur la gestion des règles en bivouac mais le sujet est tellement inexistant en ligne qu’il me semble important de le visibiliser. Oui, car une personne sur deux dans ce monde connaît le bonheur d’être vidée de ses forces une semaine chaque mois et de devoir gérer sur plusieurs jours un facteur supplémentaire de “saleté” (et encore la saleté du sang de règle est bien relativisable vis-à-vis de l’urine ou des excréments). 

Pour gérer ses règles donc un seul conseil : prenez ce dont vous avez besoin en termes de protection hygiénique, en gardant en tête que malheureusement les tampons et serviettes sont plus légers que des culottes de règles et qu’une fois utilisés ils peuvent être jetés et donc ne plus avoir à être portés. Je n’ai pas de conseil sur l’utilisation d’une cup en rando, n’en ayant moi-même jamais eu, mais je suppose que c’est possible de la garder plutôt propre. 

Un autre conseil sur les règles qui dépasse l’hygiène mais me semble essentiel : prévoyez dans votre planning la possibilité que vos règles vous mettent KO. 

Sur ma HRP, mes règles se sont accompagnées d’une grosse baisse de forme physique, mais comme je n’ai pas écouté mon corps et ai poussé au mental sur plusieurs jours, je me suis retrouvée épuisée sur une grande partie de ma traversée des Pyrénées alors qu’avec du repos j’aurais pu mieux gérer mon effort … Des récits de femmes qui ont leurs règles dans le sport on n’en a pas beaucoup, et encore moins dans le monde de l’itinérance, alors écoutons-nous et sachons réinventer un rapport à la marche qui respecte nos cycles menstruels. 

Conseil matos pour rester propre en bivouac

Vous l’avez compris, je préfère porter le moins possible et me restreindre aux essentiels. Voici ce que j’emporte dans mon sac, que ce soit pour 3 jours de bivouac ou 1 mois de traversée : 

ItemUtilisation / RemarquePoids
Vêtements
T-shirt de jour en mérinosPorté sur moi dans la journée 0 g dans le sac
Short de trail Porté sur moi dans la journée 0 g dans le sac
Culottes (x1)Des fois j’en prends 2 si je prévois que j’aurai la flemme de faire ma petite lessive tous les soirs ou qu’il fera trop frais pour que ça sèche bien 30 g
Chaussettes (une paire)Idem 40 g 
T-shirt mérinos manches longuesPour dormir (j’en ai plusieurs chez moi avec un grammage plus ou moins important pour m’adapter à la température)250 g
Legging mérinosPour dormir (idem, j’en ai deux donc je choisis en fonction de la saison le plus fin ou le plus épais)220 g
Trousse de toilette
Dentifrice de voyage (format 15 ou 20 ml)Sinon les pastilles de dentifrice solide ça marche bien (évidemment en prenant pile le nombre nécessaire et pas plus)30 g
Brosse à dent J’en suis pas encore à couper le manche20 g 
Savon découpé ou déjà bien utiliséPour pouvoir faire une vraie douche de temps à autre au refuge. Je me lave corps et cheveux avec, mais certains savons peuvent aussi s’utiliser comme dentifrice. 40 g 
Mini flacon de gel hydroalcooliquePour se sentir un peu plus propre de temps en temps20 g
Bandana n°1Ma serviette UL. Si vous voulez plus d’absorption vous pouvez couper un carré dans une microfibre ou prendre un chiffon à poussière. 30 g
Gestion des urines et excréments 
Bandana n°2Mon pee rag 30 g 
Rouleau de PQ déjà bien entamé ou au moins quelques feuillesHistoire de ne pas en porter un entierVariable, entre 10 et 40 g
Poids total dans le sac pour rester propre : moins de 700 g en comptant ma tenue de change pour la nuit, autour de 250 g sans ! 

Et ma liste de matos complète (poids compris, gear junkie oblige) est dispo ici.  

TransAlpes jour 13 : du refuge de la Femma au refuge du Cuchet

Trace GPX sur VisuGPX : https://www.visugpx.com/RffmoruKFp

Départ ce matin vers la Pointe du Grand Vallon et son col sans nom à plus de 3000m. La météo est bonne, heureusement car nous avons encore une bonne section hors sentier aujourd’hui. 

On suit le sentier jusqu’au Chalet de la Rocheure, après lequel le chemin traverse un ruisseau. On quitte ici le sentier pour remonter la pente en parallèle du torrent. On s’aide pas mal du GPS pour s’orienter et on emprunte par moment des sentes pour traverser le versant et rejoindre un sentier vers le ruisseau de Fontabert. Un peu avant le col de Lanserlia, l’itinéraire transalpes quitte de nouveau le chemin balisé pour se diriger vers la Pointe du Grand Vallon. On décide de pique niquer à ce niveau, histoire de reprendre des forces avant de s’attaquer au mur d’éboulis qu’on va devoir franchir pour monter à la Pointe. 

Il y a pas mal de monde sur le sentier balisé, mais on ne voit personne sur notre itinéraire prévu. Je ne me sens pas très motivée et décide de contourner la difficulté : aujourd’hui j’ai envie de marcher tranquillement, ça me va bien de dérouler tranquillement sur du bon sentier. Le refuge non gardé du Cuchet qu’on vise pour ce soir est accessible, pour peu qu’on soit prêt à faire un détour, par des chemins GR ou PR. C’est par ici que j’irai, Warren lui restera sur l’itinéraire transalpes et on se rejoindra au refuge. 

Remarque : la trace GPX est bien celle de la Trans’Alpes officielle, par laquelle est passé mon compagnon. Possibilité de contourner l’étape comme je l’ai fait en passant par le col de Lanserlia puis en suivant le GR5 jusqu’au refuge du Cuchet (option facile et avec moins de dénivelé, mais longue).

De même, ce sont ses photos que je mets ici pour donner une idée de l’étape classique :

TransAlpes sud, jour 15 : du Monte Grammondo à Menton

Trace GPX sur VisuGPX : https://www.visugpx.com/gx6PbmCFLP

Drôle de réveil ce matin. Nous sommes encore un peu sous le choc de l’orage d’hier, pendant lequel on a tous les deux eu une sacrée frayeur. La fin de la traversée est imminente, et on ne s’attendait pas à vivre une telle aventure à deux pas de Menton. On plie la tente rapidement, et on quitte sans regret le sommet. 

Dans une dynamique classique de fin de long voyage, un tiraillement nous anime : nous sommes à la fois heureux d’en arriver à la fin, et tristes d’en fermer déjà la page. La descente vers la ville est plutôt longue, on peut digérer tranquillement l’idée que c’est déjà la fin. L’arrivée à Menton est étrange : on en avait lu des descriptions, mais les traces des nombreux passages de migrants nous rappellent soudainement une réalité bien plus rude. Après des semaines à marcher par envie, croiser les traces de ceux qui empruntent ces chemins par nécessité rend le retour à la civilisation difficile.

La descente vers la ville est encore longue, et nous croisons peu après le plan du Lion notre premier camarade transalpiste de l’aventure ! Après une HRP que j’ai trouvée plus fréquentée que je ne m’y attendais, on est vraiment servi côté solitude avec la Trans’Alpes : sur un total d’un mois de traversée entre 2024 et 2025, on n’aura croisé que trois autres personnes qui suivaient cet itinéraire. 

On discute tous les trois jusqu’à Menton, puis on se sépare devant un supermarché. Pour fêter notre arrivée, on s’offre des fruits frais, des gâteaux et du coca avant d’aller s’installer sur la plage. Ça y est, c’est fini ! 

Ma fin de HRP, trois semaines plus tôt à peine, est encore très présente dans ma tête, alors ce moment a quelque chose d’étrange. Mais je suis heureuse d’avoir vécu cette traversée à deux. On reste longuement sur la plage, fiers de nous et repus de cette longue marche.

TransAlpes sud, jour 14 : du Mangiabo au Monte Grammondo

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C’est déjà l’avant-dernière journée de notre traversée, et quoique nous soyons tristes de nous approcher de la fin, nous commençons à rêver d’une bonne douche ! Ce n’est pas encore pour aujourd’hui, mais notre retour à la civilisation à Sospel nous enchante tout de même. On y prévoit un ravito gargantuesque, histoire de fêter la fin de notre épopée. 

Le chemin serpente agréablement toute la matinée dans une garrigue dont les effluves chauffées par le soleil sentent bon le sud. La température augmente rapidement et nous ne croisons plus une source. Heureusement, la descente vers la ville n’est pas longue, et nous y trouvons tout ce dont nous rêvions. On s’offre un super deuxième petit déj à la très bonne boulangerie de Sospel, puis on décide de prendre le soleil en terrasse avec un coca bien frais. Un peu avant midi, on passe faire un ravito plaisir au petit supermarché de la ville, complété par de copieux pains bagnats qu’on prend lors d’un second passage à la boulangerie. Et c’est parti pour la dernière ascension de la Trans’Alpes, direction le Monte Grammondo !

La montée se fait difficilement : la chaleur est étouffante et on a chargé nos gourdes au maximum, comme nous ne devrions pas croiser de sources d’ici Menton. Nous arrivons au sommet en fin d’après-midi. D’ici, la méditerranée est omniprésente ! La vue plongeante sur Menton est superbe, et nous profitons d’un bon dernier repas dans la nature en discutant des plus beaux passages de notre périple. 

On a déjà installé la tente quand on observe que des nuages très bas commencent à se former. Très vite, ils s’épaississent suffisamment pour que nous fassions face à une vraie mer de nuage. Aucun orage n’était annoncé ce soir, mais je commence à m’inquiéter de notre lieu de bivouac. Si jamais ça pète, nous sommes non seulement au sommet le plus haut du coin, mais en plus celui-ci est orné d’une belle et immense croix en métal. On vérifie le radar météo sur meteoblue plusieurs fois, tandis que de gros nuages commencent à se former au-dessus de nous. Rapidement, le temps tourne au pire : les nuages qui stagnaient dans la vallée se soulèvent pour rejoindre la masse nuageuse sombre qui nous surplombe et qui s’opacifie à vitesse grand V. 

On n’arrive pas à se mettre d’accord sur le fait de descendre ou non du sommet pour aller planter la tente ailleurs, alors on se retrouve bloqués là : la pluie se met à tomber plutôt violemment et nous nous réfugions sous la tente en espérant que la perturbation passe rapidement. Malheureusement, la pluie et l’orage vont durer une bonne heure, et surtout s’approcher méchamment de notre tente. Au début, je suis la seule à être stressée, persuadée que c’est totalement stupide d’être restés au sommet, là où nous sommes le plus exposés à la foudre. Le tonnerre semble se rapprocher, l’écart entre la foudre et les grondements se fait de plus en plus mince. 

Soudain, un éclair zèbre la tente et quasiment immédiatement nos tympans semblent exploser. Un tonnerre assourdissant se fait entendre tandis qu’une profonde vibration se fait sentir. Tétanisés, nous attendons la fin de l’orage sans faire un bruit, comme si nos voix pouvaient attirer la foudre encore plus près. Dans ma tête, j’ai l’impression qu’on pourrait bien y passer. L’orage dure longuement. De réguliers flashs illuminent la tente. Par deux fois, la foudre semble encore taper à quelques centaines de mètres de nous, avec presque aucun décalage entre l’éclair et le tonnerre. 

Après une heure qui nous semble durer une éternité, l’orage semble enfin s’éloigner. Nous restons longuement sous la tente, à ne plus oser sortir, trop perturbés par ce qu’on vient de vivre. Par les ouvertures de la tente, le ciel semble enfin s’éclaircir. Il fait maintenant nuit, mais les nuages ont disparu, et une belle lune claire répand sa lumière pâle sur la mer. 

TransAlpes sud, jour 13 : du lac du Basto au Mangiabo

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Dernière journée en environnement haute montagne de notre TransAlpes ! Nous nous levons de bon matin, et avalons rapidement le dénivelé vers la baisse de Valmasque. On y rencontre une randonneuse solo qui marche depuis un bon mois et demi : elle a suivi le GR 5 jusqu’ici, avec en supplément la boucle totale du GR 58 parce qu’elle avait trouvé le Queyras très joli ! Je suis ravie de parler avec une femme qui marche seule, surtout aussi longtemps, alors on fait un petit bout de trajet ensemble en descendant dans la vallée des merveilles. 

On y croise un peu de monde, mais il fallait s’y attendre, et par rapport à notre journée sur le tour du mont blanc l’année précédente, c’est une foule très relative. Surtout, un orage est annoncé en début d’après-midi et le ciel commence déjà à s’assombrir : les randonneurs à la journée ont dû préférer passer leur chemin !

On fait un arrêt au refuge des merveilles histoire de prendre de l’eau et de profiter de leurs wc en dur, puis on accélère pour monter à la Cime du Diable avant l’orage. Au sommet, l’ambiance est encore très minérale côté Mercantour, mais le paysage au sud s’adoucit : ça sent la fin de la traversée ! Nous sommes encore à 2700 m d’altitude, mais d’ici la fin de la journée on passera définitivement sous la barre de 2000 m. 

Dernier regard sur les sommets du Mercantour

Les nuages commençant à descendre méchamment dans les vallées, on décide de reporter notre pique nique et de plutôt descendre nous mettre à l’abri avant que ça ne pète. La descente vers la baisse cavaline nous demande un peu d’attention : la sente disparaît par moment, on s’efforce d’aller vite pour échapper à l’orage mais la pluie commence et rend les pentes herbeuses glissantes à souhait. 

Les premiers coups de tonnerre retentissent alors que nous arrivons vers le col de Raus. Heureusement, on repère pas mal de constructions indiquées sur notre carte, et on allonge le pas pour s’abriter sous une sorte d’auvent en béton derrière le bunker au niveau de la baisse de Saint-Véran. Sur la porte du bâtiment, un écriteau en interdit l’entrée : la construction risque de s’effondrer. Quatre jeunes y sont quand même réfugiés, serrés les uns contre les autres juste au seuil du bunker. Un énorme trou dans les sols les empêche d’aller plus loin. On reste donc planqués sous notre auvent, collés autant qu’on peut au mur pour éviter la pluie battante. 

L’orage prend en puissance et se déchaîne sur les sommets qui nous entourent et la vallée à laquelle nous faisons face. On est frigorifiés et mal abrités de la pluie, mais le spectacle des éclairs est superbe ! On profite d’une légère accalmie pour reprendre notre route vers la pointe des Trois Communes, à laquelle on arrive alors que l’orage reprend. Cette fois, il reste à distance, alors nous continuons sur un chemin qui restera roulant jusqu’à la fin de la journée. 

Nous ne croisons quasiment personne sur cette fin de journée, et arrivons au sommet du Mangiabo où l’on décide de poser la tente pour l’un des derniers bivouacs de la traversée.

Un des derniers bivouacs de la Trans’Alpes !

TransAlpes sud, jour 12 : du bivacco Moncalieri au lac du Basto

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Ce matin, nous quittons à regret notre joli bivacco et nos sympathiques colocs italiens. Nous sommes encore dans un environnement très minéral et sauvage, hors du temps, mais une petite appréhension s’installe : l’arrivée dans le Mercantour sud, réputé plus fréquenté, et cette Méditerranée qui commence à se profiler, synonyme de fin de voyage. 

Nous arrivons au rifugio Pagari vers 10h et nous y offrons un petit déjeuner tardif, histoire de profiter du lieu et de son gardien que l’on nous a décrit comme mythique, un peu le John Muir de l’Argentera. 

Nous redescendons ensuite vers le lago Bianco, sous le pas de l’Agnel, à partir duquel la matin vers le col se fait dans un chaos de gros blocs. Une trentaine de mètres au-dessus de nous, quelques stambecco crapahutent. 

Une fois le col franchi, nous revoilà en France. A partir de maintenant, nous ne ferons plus que quelques petites excursions en Italie, mais le gros du tracé restera côté français. 

De là, une sente mène vers le Collet de la Charnassère, puis descend du lac gelé vers le  lac Vert. C’est plutôt raide par moment, on n’avance pas vite mais le chemin nous plaît bien. Une splendide vue plongeante vers le refuge de la Valmasque se dévoile au fur et à mesure que nous dévalons la pente. 

Au refuge, on s’offre une bière, puis on décide d’avance encore un peu bien qu’on commence à sentir la fatigue, le temps d’atteindre le lac de Basto. 

TransAlpes sud, jour 11 : du rifugio Genova-Figari au bivacco Moncalieri

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Départ matinal vers le colle delle Fenestrelle. On aimerait dormir au bivacco Moncalieri ce soir, et le passage pour y arriver semble un peu difficile, alors on préfère le faire en début d’aprem pour prendre le temps d’y aller tranquille. 

Au colle delle Fenestrelle, on essaie de deviner, sur le versant nord de la cime du Gélas qui nous fait face, le fameux chemin pour atteindre le bivacco. En plissant les yeux et en comparant avec notre topo, il nous semble peut-être distinguer les différents passages.

On descend rapidement vers le rifugio Soria Ellena, où il y a déjà beaucoup de randonneurs bien qu’il soit encore tôt : il y a un parking pas loin. On trouve l’accueil pas exceptionnel et on n’accroche pas trop à l’ambiance du refuge, alors on ne traîne pas. 

Vers 2400m, on profite d’un joli replat pour pique niquer face au colle delle Fenestrelle et aux belles faces minérales qui l’entourent. On observe un trio d’alpinistes descendre lentement de la Forcella Roccati, dans des éboulis visiblement mauvais qui se dérobent sous leurs pas. Une fois ce passage technique passé, nous les suivons du regard tandis qu’ils se dirigent vers le sentier du passaggio dei Ghiacciai, et nous sommes rassurés d’avoir du monde devant nous. 

Finalement, le passage n’est pas si mal : l’ambiance est splendide, on se croirait sur la lune, et la moraine tient plutôt bien sous nos pieds. Le passaggio dei Ghiacciai n’est pas trop mal indiqué, et il y a juste un petit pas de désescalade, juste avant de remonter vers l’arête qui cache le bivacco, dans lequel mon sac trop lourd m’entraîne un peu vers le bas. Ensuite, on monte facilement sur l’arête, qu’on suit sur quelques mètres (passage bien aérien) avant d’en redescendre de l’autre côté, pour arriver directement sur le bivacco. 

Nous y retrouvons les alpinistes que nous avions observés un peu plus tôt, qui se révèlent bien plus accueillants que les randonneurs italiens croisés lors de notre dernière nuit en bivacco. L’eau de fonte du glacier coule à flot sur le sentier en contrebas, et on profite d’une cafetière italienne laissée au bivacco (avec café moulu !) pour nous offrir un bon espresso. Ensuite ce sera après-midi farniente sur les rochers qui entourent la cabane, avec un petit bouquetin pas du tout farouche qui prend le soleil près de nous. 

Pendant la nuit, je me réveille avec une envie pressante d’uriner. Je sors sans faire de bruit de la cabane et m’installe tranquillement pour faire mon affaire. Comme je dormais avec des boules quiès, je ne m’étais pas rendue compte que l’orage tonnait. Là, installée sur mon petit rocher, je vois les nuages violacés de l’orage se heurter aux sommets et les éclairs blafards zébrer le ciel. Fascinée par le spectacle, je reste là un bon moment. Tout d’un coup, en tournant la tête,le faisceau de ma frontale accroche deux points brillants, puis d’autres : quatre paires d’yeux m’entourent. Le jeune bouquetin de cet après-midi est revenu, accompagné de trois autres, dont un tout petit. L’atmosphère est presque mystique, entre les couleurs de l’orage et la présence si proche de ces beaux animaux. 

TransAlpes sud, jour 10 : du bivacco Jacques Guiglia au rifugio Genova-Figari

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Encore une jolie journée dans le parc des Alpi Marittime ! On quitte de bon matin notre bivacco, pour descendre tranquillement vers la vallée et le refuge Regina Elena. C’est une charmante bâtisse entretenue par une équipe sympa et accueillante de bénévoles italiens, qui insistent pour nous offrir le café.

De là, la montée vers le refuge Franco Remondino est raide mais sans difficulté, et on arrive en début d’après-midi. Il y a beaucoup de monde, c’est un point de départ de plusieurs courses d’alpi dont le sommet de l’Argentera, point culminant du massif du Mercantour-Argentera à 3297 m. 

NB : Attention, pas d’eau disponible au refuge quand nous sommes passés, ils étaient en alerte pénurie d’eau donc le peu qu’ils avaient était réservé à la cuisine du refuge et à l’usage de l’équipe.  

L’ascension vers le passo del Brocan est un peu plus technique mais passe bien. Un peu avant d’atteindre le col, on traverse un joli replat sauvage et très minéral, l’ambiance y est très belle. La descente vers le refuge Genova Figari est bien raide et casse-patte, probablement assez casse gueule quand les rochers sont mouillés. 

Nous passons la nuit au refuge Genova Figari, qui manque un peu de charme par rapport aux autres refuges croisés récemment. Une route le dessert et le lac artificiel qui le jouxte est à moitié vide, révélant sa cuvette artificielle. Mais on y mange bien, les douches sont chaudes, et surtout c’est le grand luxe, nous avons une chambre pour deux !