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La météo s’annonce très mauvaise toute la journée. Avec mon compagnon HRPiste, nous allons chercher des infos au refuge, et apprenons qu’un certain nombre de randonneurs a décidé de reporter leur journée de marche, ou de descendre dans la vallée. Le tracé de la HRP se fait sur les crêtes, où nous serons exposés au vent, mais le sentier semble roulant. On décide donc de tenter l’étape vers le refuge des Mariailles, avec une solution de repli : si le temps se détériore vraiment, on s’arrêtera à la cabane du Pla Guillem, qu’on devrait atteindre en 4 heures.
Depuis le refuge d’Ulldeter, impossible de voir les crêtes qu’empruntent la HRP et qu’on pouvait pourtant parfaitement distinguer hier : d’épais nuages les dissimulent entièrement. Nous montons rapidement vers le Portella de Morens, dans une brume de plus en plus opaque. A partir de là, les conditions se détériorent rapidement : on n’y voit plus à cinq mètres, l’humidité présente dans l’air nous glace rapidement le corps, fouetté par de constantes rafales qui m’empêchent par moment d’avancer. Heureusement, le sentier est plus ou moins protégé du vent par quelques rochers, mais dès qu’une ouverture se fait, nous sommes frappés de plein fouet par des bourrasques puissantes.
Nous avançons très lentement. J’ai froid. Je n’ai qu’un short de running depuis le début de la traversée et pour la première fois je regrette de ne pas avoir pris un pantalon léger en plus. Même avec ma doudoune et mon imper, je suis glacée. Mes lunettes, constamment battues par la pluie, m’empêchent de voir. Il y a très peu d’endroits, voire aucun, où se cacher du vent.
Si j’avais été seule, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Comme nous sommes deux, on continue d’avancer, presque sans se poser de question, portés par une forme d’élan qu’il serait difficile de briser.
Au bout d’un temps qui paraît infini, on arrive à la cabane du Pla Guillem. C’est un abri en pierre, avec une porte lourde qu’on ouvre difficilement. A l’intérieur, rien, du sol en terre battue, un banc en bois défoncé, et surtout pas mal de vent : les pierres laissent largement entrer les rafales. On se réfugie tant bien que mal et on mange un bout, hésitant à repartir ou à rester ici attendre que ça se calme. Après dix minutes, on décide de continuer : d’ici quelques kilomètres, on devrait redescendre dans un vallon, où l’on sera peut-être mieux abrités.
On se prépare mentalement à affronter la tempête et ressortons. Comme tout à l’heure, on ne distingue rien à quelques mètres. On se bat contre le vent pour faire quelques dizaines de mètres … et on tombe sur un vrai beau refuge, avec des murs, du mortier, et de la fumée qui sort de la cheminée ! On pousse la porte et tombons sur une petite dizaine de randonneurs, réfugiés là, qui rigolent en apprenant qu’on s’était abrités dans la cabane en ruine juste à côté, persuadés que c’était le refuge principal.
On se réchauffe un peu autour du poêle, puis décidons de partir en direction du refuge de Mariailles. Nous coupons hors sentier pour descendre de la crête et nous protéger du vent, et atteignons au bout d’une bonne heure le refuge. Un chocolat chaud plus tard, nous sommes rejoints par deux HRPistes que nous avions déjà rencontrés dans la cabane du Pla Guillem, et qui se joignent à nous pour la suite de la journée.
Des rafales dépassant les 100 km/h sont attendues au sommet du Canigou, mais mes nouveaux compagnons ne semblent pas trop effrayés. Ils proposent de nous approcher du Canigou, en espérant croiser du monde qui descend et à qui on pourra demander des infos sur les conditions au sommet. Si jamais c’était trop mauvais, on pourrait passer par les crêtes de Barbet, qu’ils ont déjà empruntées il y a quelques années un autre jour de mauvais temps pour éviter le sommet.
Finalement, on ne croisera personne à qui poser des questions. Au refuge Arago, dernier abri avant l’ascension, j’hésite à m’arrêter, mais poussée par la détermination sans faille de mes compagnons du jour, je décide de continuer. Au pied de la cheminée du Canigou, les rafales deviennent franchement violentes. Le vent nous secoue, nous oblige à nous arrêter régulièrement. On hésite. La cheminée est là, devant nous, mais dans ces conditions, difficile de savoir ce qui nous attend plus haut. Nous finissons par nous séparer : nous sommes trois à choisir les crêtes de Barbet, tandis que le dernier s’engage dans la cheminée.
Je ne regrette pas mon choix. Les crêtes sont déjà très exposées, mais une courte éclaircie nous offre une vue lointaine sur la Méditerranée. En nous retournant, le sommet reste complètement noyé dans les nuages, invisibles du début à la fin. Aucun regret d’être restée un peu plus bas sur cette crête.
Nous arrivons vite au refuge des Cortalets, et décidons de nous offrir un bon repas et un lit au chaud, nous avons suffisamment souffert pour la journée !
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