Hygiène en bivouac & trek : le guide sans filtre

Bivouac sur le tour de l'Obiou

Toilette du soir, pipi et caca dans la nature, gestion des règles et de ses vêtements : comment rester propre quand on marche et dors loin de tout, tout en restant léger et en respectant le leave no trace ?

Vous voulez seulement apprendre à creuser un trou à caca et pas à vous laver avec votre chaussette sale ? Accédez directement à la section qui vous intéresse : 

Apprendre à déconstruire son idée du propre 

Je crois qu’il est plutôt pratique de ne pas être une personne ultra à cheval sur la propreté si on veut passer des semaines entières à dormir dans la nature sans voir de vraie douche, mais c’est possible d’y aller vraiment par étape. 

Mon premier test d’itinérance a été une boucle assez classique de trois jours dans les Ecrins, du lac du Lauvitel au lac de la Muzelle en passant par le lac du Plan Vianney et Valsenestre. On était à deux, et je me souviens qu’on avait bien rigolé en allant faire caca au petit matin au grand air. Sur trois jours, rester relativement propre semblait tenable et au pire on savait qu’on pourrait se doucher rapidement donc on s’en fichait un peu. En même temps, si nous on restait plutôt propre, je me souviens qu’on avait été horrifiés par la quantité de PQ souillé abandonné autour de l’aire de bivouac obligatoire de Valsenestre (un vrai chemin de petit poucet en papier rose du bivouac à la rivière) et derrière un gros rocher proche du lac de la Muzelle. C’était ma première rencontre avec le PQ sauvage, fléau que je côtoie malheureusement dès que je vais en montagne. 

Pour mon premier GR en solo sur le Tour du Queyras, j’avais dormi grosso modo une nuit sur trois dans du dur ou proche d’un refuge, me permettant de me doucher assez fréquemment et de ne pas trop avoir à me poser la question de l’hygiène. Je devais porter 3 ou 4 culottes et paires de chaussettes et deux t-shirts, ce qui fait que j’avais dû faire une petite lessive de lavabo dans un gîte et c’est tout. 

Même sur ma HRP, j’ai réussi à prendre une douche environ tous les trois ou quatre jours, en passant à côté de refuge ou de camping. Mais je ne portais plus qu’un unique t-shirt de jour (sur moi donc), j’ai dû gérer une poubelle bien pleine sur des sections sauvages de 4 à 5 jours (car oui, je porte mon PQ souillé dans ma poubelle, et évidemment mes protections hygiéniques sales aussi), et surtout j’ai testé le pee rag ! Bref, on commençait à aller vers une vraie autonomie de trek en respect d’une philosophie à la fois UL (ultra light) et LNT (leave no trace). 

Maintenant, je passe facilement une semaine entière sans me doucher et avec une seule “tenue de jour”, en faisant des petites toilettes de chat et rinçage d’habits tous les soirs tout en respectant les espaces naturels. Généralement je commence un peu à le sentir au bout de 5 ou 6 jours, surtout côté cheveux longs qui grattent, mais c’est la rançon à payer pour avoir le bonheur d’aller se balader dans des coins sauvages sur le long terme ! 

Je n’ai pas la prétention de réinventer la roue et vous trouverez des mines d’or d’informations sur internet (dont, comme d’habitude, sur le fabuleux forum Randonner-Léger). Cependant, on s’y perd parfois un peu et on y trouve surtout très peu de retours de femmes. Alors voici mes meilleurs conseils de terrain !

Routine propreté au bivouac : se laver et laver ses habits

Pour pouvoir marcher pendant des jours voire des semaines sans se doucher et sans changer de fringues, l’essentiel est de maintenir une routine stricte et archi simple une fois le camp installé le soir (ou avant pour profiter du soleil pour se sécher / sécher ses habits). 

Pas besoin de savon ni de lessive, dont l’utilisation serait franchement mauvaise pour les cours d’eau comme pour les sols et leurs habitants. Vous vous trouvez un joli petit cours d’eau, à préférer largement aux lacs de montagne qui sont des espaces naturels très sensibles, où vous pourrez rincer vos habits du jour (après vous être changés dans vos vêtements du soir ou en tenue d’Adam et Eve pour sentir l’air frais de la montagne sur votre corps tout nu en parfait accord avec cette jolie construction culturelle de “nature”). Une fois rincés, on essore un max le tout et on profite de la fin de journée pour faire sécher ses habits avant de les pendre sur les haubans de la tente ou quelque part à l’intérieur. Demain matin, des habits tout beaux tout propres vous attendront ! 

Le conseil mérinos : La laine mérinos, c’est clairement le meilleur matériau pour sentir presque bon en trek. En juillet et août 2025, j’ai enchaîné un mois et demi de rando en bivouac sur ma traversée intégrale des Pyrénées puis sur ma traversée Sud des Alpes avec un seul t-shirt, porté absolument tous les jours (45 jours de suite, donc) et jamais lavé en machine. Franchement il a mis 3 semaines à sentir vaguement mauvais et encore ça allait. 

Côté hygiène perso, une petite toilette de chat suffit largement chaque soir. Personnellement j’utilise une technique qui en refroidira certain.e.s mais qui a le mérite d’être efficace et de réduire mon matériel au maximum : je me frotte avec ma chaussette du jour bien rincée en guise de gant de toilette puis je me sèche avec un bandana. Ça me fait me sentir bien propre, ne pèse que 40 grammes de matos et franchement ça me suffit sur une bonne semaine. 

Niveau vêtements, que ce soit pour 3 jours ou pour 1 mois, je porte donc uniquement :

  • En journée : 1 t-shirt, 1 short de trail, 1 culotte (parfois 2), 1 paire de chaussettes (parfois 2).
  • Pour la nuit : 1 tenue dédiée (t-shirt manches longues en mérinos et legging mérinos selon l’altitude et la saison).
  • Protections météo : 1 doudoune légère et 1 veste imperméable contre le vent et la pluie.

Et c’est TOUT !

Faire ses besoins dans la nature, les bases de l’hygiène en restant léger et écolo 

Si vous voyagez du côté des US, vous allez voir que les Américains sont bien plus en avance que nous côté urine et excréments dans la nature. Pelles à caca (poop shovels / trowels), chiffon à pipi (pee rag), bidet portable (CuloClean) et autres sacs à déjections (wag bags) : côté besoins naturels et respect de la nature, les Américains en ont un rayon à nous apprendre ! 

Aux Etats-Unis, il y a des espaces naturels tellement protégés qu’on ne peut y faire caca, et que si on décide tout de même de s’y rendre on doit faire ses besoins dans des petites poches en alu qu’on doit ensuite transporter sur plusieurs jours dans son sac. Vous m’avez bien lue, j’ai randonné pendant plusieurs jours en portant mon caca dans mon sac ! 

En attendant, en France, on couvre nos montagnes d’excréments et surtout de PQ. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que le papier toilette met des semaines voire quelques mois à se biodégrader, et que dans tous les cas, jeter du PQ souillé en montagne c’est perturber un espace naturel sensible avec quelque chose qui n’a rien à y faire. Il y en a qui ensevelissent leur papier toilette en pensant bien faire, mais le mieux reste de tout emporter avec soi dans sa poubelle, à moins de se passer entièrement de PQ en utilisant sa main, de l’eau, une pierre, une branche ou que sais-je. 

Pour réduire au maximum votre utilisation de papier toilette, plusieurs méthodes s’offrent à vous : 

  • Niveau urine, je m’essuie personnellement avec un pee rag (ou chiffon à pipi en français) qui est en fait un simple bandana accroché à l’extérieur de mon sac. Je le rince quand je peux et je le laisse sécher au soleil toute la journée. J’ai lu quelque part que l’action du soleil était désinfectante, mais si vous voulez un produit antibactérien vous pouvez vous procurer un kula cloth (oui, même en France !). Évidemment, on garde le pee rag pour le pipi seulement. 
  • Niveau excrément, je reste attachée à la tradition et me balade toujours avec quelques feuilles de PQ que je mets une fois souillées dans ma poubelle, mais certains utilisent un bidet portable qui se fixe sur une bouteille d’eau. Le modèle le plus commun est le CuloClean. J’aime bien me laver les mains avec un tout petit peu de gel hydroalcoolique après, donc j’en porte toujours un mini flacon, c’est peut-être plus psychologique que vraiment utile. 

Et si mon accroche sur les wag bags et les poop shovels vous a rendu curieux.ses, voici quelques ressources sur le sujet pipi caca et leave no trace : 

Gérer ses règles en trek 

En soi, je n’ai pas de conseil révolutionnaire sur la gestion des règles en bivouac mais le sujet est tellement inexistant en ligne qu’il me semble important de le visibiliser. Oui, car une personne sur deux dans ce monde connaît le bonheur d’être vidée de ses forces une semaine chaque mois et de devoir gérer sur plusieurs jours un facteur supplémentaire de “saleté” (et encore la saleté du sang de règle est bien relativisable vis-à-vis de l’urine ou des excréments). 

Pour gérer ses règles donc un seul conseil : prenez ce dont vous avez besoin en termes de protection hygiénique, en gardant en tête que malheureusement les tampons et serviettes sont plus légers que des culottes de règles et qu’une fois utilisés ils peuvent être jetés et donc ne plus avoir à être portés. Je n’ai pas de conseil sur l’utilisation d’une cup en rando, n’en ayant moi-même jamais eu, mais je suppose que c’est possible de la garder plutôt propre. 

Un autre conseil sur les règles qui dépasse l’hygiène mais me semble essentiel : prévoyez dans votre planning la possibilité que vos règles vous mettent KO. 

Sur ma HRP, mes règles se sont accompagnées d’une grosse baisse de forme physique, mais comme je n’ai pas écouté mon corps et ai poussé au mental sur plusieurs jours, je me suis retrouvée épuisée sur une grande partie de ma traversée des Pyrénées alors qu’avec du repos j’aurais pu mieux gérer mon effort … Des récits de femmes qui ont leurs règles dans le sport on n’en a pas beaucoup, et encore moins dans le monde de l’itinérance, alors écoutons-nous et sachons réinventer un rapport à la marche qui respecte nos cycles menstruels. 

Conseil matos pour rester propre en bivouac

Vous l’avez compris, je préfère porter le moins possible et me restreindre aux essentiels. Voici ce que j’emporte dans mon sac, que ce soit pour 3 jours de bivouac ou 1 mois de traversée : 

ItemUtilisation / RemarquePoids
Vêtements
T-shirt de jour en mérinosPorté sur moi dans la journée 0 g dans le sac
Short de trail Porté sur moi dans la journée 0 g dans le sac
Culottes (x1)Des fois j’en prends 2 si je prévois que j’aurai la flemme de faire ma petite lessive tous les soirs ou qu’il fera trop frais pour que ça sèche bien 30 g
Chaussettes (une paire)Idem 40 g 
T-shirt mérinos manches longuesPour dormir (j’en ai plusieurs chez moi avec un grammage plus ou moins important pour m’adapter à la température)250 g
Legging mérinosPour dormir (idem, j’en ai deux donc je choisis en fonction de la saison le plus fin ou le plus épais)220 g
Trousse de toilette
Dentifrice de voyage (format 15 ou 20 ml)Sinon les pastilles de dentifrice solide ça marche bien (évidemment en prenant pile le nombre nécessaire et pas plus)30 g
Brosse à dent J’en suis pas encore à couper le manche20 g 
Savon découpé ou déjà bien utiliséPour pouvoir faire une vraie douche de temps à autre au refuge. Je me lave corps et cheveux avec, mais certains savons peuvent aussi s’utiliser comme dentifrice. 40 g 
Mini flacon de gel hydroalcooliquePour se sentir un peu plus propre de temps en temps20 g
Bandana n°1Ma serviette UL. Si vous voulez plus d’absorption vous pouvez couper un carré dans une microfibre ou prendre un chiffon à poussière. 30 g
Gestion des urines et excréments 
Bandana n°2Mon pee rag 30 g 
Rouleau de PQ déjà bien entamé ou au moins quelques feuillesHistoire de ne pas en porter un entierVariable, entre 10 et 40 g
Poids total dans le sac pour rester propre : moins de 700 g en comptant ma tenue de change pour la nuit, autour de 250 g sans ! 

Et ma liste de matos complète (poids compris, gear junkie oblige) est dispo ici.  

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