Réveil tardif ce matin, comme je ne compte que descendre à Salardú, j’ai vraiment tout mon temps. J’ai passé une bonne soirée hier, dans ce refuge que par ailleurs je ne recommande pas, trop cher d’après moi pour les services proposés (environ 70 euros la nuit sans douche et dans un dortoir de 12 sachant que le repas était maigre et qu’ils ont une route d’accès en voiture derrière le bâtiment …). Je suis ravie de payer ma part pour que les refuges puissent fonctionner mais honnêtement je recommande plutôt d’en viser d’autres plus sympas si vous avez une enveloppe refuge restreinte.
Toujours est-il que j’y ai passé une très bonne soirée parce que j’y ai partagé la table d’une fille randonnant seule aussi, suivant la HRP d’est en ouest d’après le topo Trans’Pyr. Seulement la deuxième que je croise depuis le début, il y a maintenant 3 semaines ! Et celle-ci est en cours de formation accompagnatrice moyenne montagne, formation dont je rêve sans oser l’avouer à personne, tenaillée par un sérieux syndrome de l’imposteur. Bref, on a discuté toute la soirée, et j’ai été trop heureuse de rencontrer cette fille qui m’a bien inspirée ! Ça fait du bien de croiser des femmes en montagne !
En partie revigorée par cette rencontre, je descends à Salardú plus apaisée. J’y suis rapidement, et passe l’après-midi à ne rien faire. Je me laisse encore un jour de répit : je vais rester dormir dans le coin et demain matin je déciderai ce que je fais : pousser encore sur les quelque 300 km qui me restent à parcourir avant Banyuls, ou abandonner et redescendre en car vers Toulouse.
Splendide journée aujourd’hui quoique éprouvante ! Je me sens encore bien crevée physiquement et je commence à sentir que ça m’atteint mentalement, alors je me félicite d’avoir évité les passages les plus difficiles de la HRP. L’inconvénient, c’est que je ne saurai jamais : c’était peut-être pas si dur, ou je me suis peut-être trop dévalorisée, j’aurai peut-être pu y passer !
Sur ce sujet, j’ai eu une discussion quelques semaines plus tard, sur la toute fin de la Transalpes en descendant vers Menton, avec un camarade transalpiste qui avait fait la HRP l’année précédente. Il me disait justement que j’avais probablement fait l’erreur paradoxale de m’être trop renseignée en amont de cette section difficile de la HRP, notamment en lisant énormément de retours sur des forums. Sauf que chacun a sa propre perception de la difficulté, du danger, de ses capacités mentales et de ses aptitudes montagnardes.
Et c’est sûr qu’après avoir traversé les Pyrénées et les Alpes sur des sentiers plutôt techniques, je me suis rendue compte que j’avais tendance à plutôt dévaloriser mes aptitudes en montagne. A l’inverse, j’ai clairement constaté que pas mal (beaucoup en fait) d’hommes n’avaient aucun souci à se croire d’emblée plus expérimentés que moi et avaient plutôt tendance à avoir une confiance démesurée envers leurs capacités en montagne.
Depuis le val de Conangles, vue sur le Tuc de Mulleres et au fond, l’AnetoDe beaux nuages !D’autres jolis nuagesLes premiers chevaux depuis quelques jours, ils me manquaient !En descendant vers le refuge de la RestancaLe lac de la Restanca, son barrage et son refuge
En tout cas, mon arrivée vers le splendide Parc national d’Aigüestortes s’est faite dans la douleur ! J’ai passé la journée à me traîner sur les sentiers complètement épuisée et pleine d’idées sombres. Le combo épuisement physique, solitude et sous-nutrition commençait déjà à se faire sentir depuis quelques jours voire une bonne semaine, mais ce jour là a vraiment été terrible.
Un peu avant d’arriver au Refuge de la Restanca, je me prends une branche dans la tête et je tombe. Rien de méchant, mais je me mets à pleurer de manière incontrôlable. J’ai eu l’impression que tout lâchait d’un coup : la fatigue accumulée, le besoin d’échanger plus que quelques mots au détour d’un sentier avec un autre humain. Je repense à cette journée, un an plus tôt, sur la “partie Mont Blanc” de la Transalpes, où j’avais eu des idées noires toute la journée, épuisée par la marche. Sauf qu’à l’époque, je ne marchais pas seule mais avec mon compagnon. Alors est-ce que je vais tenir d’aller jusqu’à Banyuls toute seule dans cet état ? Est-ce que même j’en ai envie ? Mon idée de la HRP c’est de kiffer mes journées, de passer des heures magnifiques en montagne, pas de me traîner à la force du mental sur les chemins.
Je décide de dormir au refuge et de descendre demain sur Salardú. De toute manière, je dois me refaire un ravito, alors ce sera l’occasion de choisir : continuer ou arrêter. J’ai repéré un bus qui mène de ce village à Vielha, et de là un autre qui va jusqu’à Toulouse. On verra demain matin mon état et mon envie. Peut-être arrêterai-je.
Acte manqué hier, j’ai “loupé” le bus que je comptais prendre pour aller faire un ravito à la ville d’à côté (Benasque), puis l’horaire de l’épicerie du camping : décidément, impossible de partir de ce fabuleux camping !
Mais aujourd’hui, il faut bien se remettre en route, pour une seconde journée sur un GR 11 qui s’annonce bien morose sur la matinée : piste forestière à gogo. A noter qu’il est possible de prendre un minibus, moyennant quelques euros, pour monter jusqu’au refugio Coronas et s’épargner six ou sept kilomètres de pistes. A partir de là, le chemin redevient d’ailleurs beaucoup plus sympa.
Ensuite, la journée devient vraiment belle ! Je croise un peu de monde, mais le paysage est splendide, très minéral, et l’étape réputée difficile pour le GR est plutôt sympa. On passe notamment par l’un des points les plus hauts du GR 11, au Collado de Vallibierna (2729 m). Quelques randonneurs appellent même leurs familles ou amis en visio pour célébrer le passage !
A l’arrière plan, c’est peut-être le Pic des Posets ?Chaos de petis blocs en arrivant au Collado de VallibiernaDe l’autre côté, vue sur le lac Cap de Llauset (le refuge est caché en contrebas)Bivouac à l’Estany Gran d’Anglios
La descente est ensuite plutôt raide et casse-patte vers le Refugi Cap de Llauset, qui détonne dans cet environnement très sauvage avec son architecture futuriste. La terrasse y est agréable et on peut y acheter quelques produits de base. Quelques emplacements de bivouacs sont disposés autour du lac (mais pas beaucoup, il vaut mieux arriver tôt car sinon il n’y a que de la caillasse partout), mais je décide de pousser jusqu’à la cabane d’Anglios. J’y rencontre deux HRPistes qui ont comme moi décidé de contourner les étapes autour du Portillon. On discute un moment puis je décide de poser ma tente en contrebas, au bord du bel Estany Gran d’Anglios.
Aujourd’hui s’annonce une journée pleine de décisions ! Je me lève en grande hésitation quant à mon itinéraire du jour.
Premier choix : suivre la HRP et aller voir du côté du Refuge de la Soula, puis du lac du Portillon, du Col des Gourgs Blancs et du col de Litérole. Des étapes mythiques de la HRP, celles réputées les plus dures mais aussi parmi les plus belles ! J’hésite énormément car j’ai peur de passer à côté des sections les plus “hautes montagnes” de la traversée, mais que je me sens depuis une bonne semaine en petite forme et que je redoute un peu de faire cette section entièrement seule. Le second choix, peut être plus rationnel mais beaucoup moins excitant, est de descendre sur le GR11 le temps de faire quelques étapes plus simples, avant de rejoindre la HRP en amont du Parc National d’Aigüestortes.
Après une bonne demi-heure d’hésitation, à l’endroit où les deux sentiers se séparent, je décide de faire un détour par le GR. Je ne suis pas en forme, j’appréhende trop de traverser ces étapes en solitaire pour pouvoir y aller sereinement, et je n’ai aucune envie de passer les trois prochains jours en stress total ! Tant pis, ça fera une raison de plus pour revenir !
Le refuge de ViadosC’est là que nos chemins se séparent ! En haut à gauche, le passage de la HRP, et en partant vers la droite, le GR 11.La vallée d’EstosPoint de vue sur les Gorgas de los Galantes en suivant le GR 11
Je chemine donc tranquillement sur le GR, qui passe par le joli refuge d’Estos, en essayant de deviner derrière les sommets côté français le cheminement de la HRP. La descente dans ce joli vallon est très paisible, et le sentier passe à côté de plusieurs belles cascades. Les quelques derniers kilomètres avant d’atteindre la camping Aneto, où j’ai prévu de dormir, sont sur une piste forestière sans charme particulier mais l’arrivée au camping est grandiose : il y a non seulement une petite épicerie (très bien achalandée pour les randonneurs), mais même une pizzeria et une piscine ! A 16 euros le micro-emplacement, ça me semble un peu cher mais je suis très heureuse de goûter au luxe de la piscine !
J’ai bien profité de ma jolie cabane, mais malheureusement j’ai encore une fois très mal dormi ! Je sens dès le réveil que la journée va être longue…
Je descends rapidement jusqu’à la route, que j’avais prévu de longer pour aller jusqu’à Parzan me ravitailler, mais je croise deux HRPistes dans le sens inverse qui me recommandent sérieusement de faire du stop : aucun passage n’est aménagé le long de la route pour les randonneurs, donc il faut soit se frayer un passage dans les broussailles sur plusieurs kilomètres, soit marcher “côté voitures”, qui sont limitées à 80 !
Le stop prend difficilement et j’attends bien 45 minutes avant de trouver quelqu’un pour m’amener jusqu’à Parzan. Le premier supermarché au bord de la route, “Solans” est correct pour y faire des petites courses même s’il est plutôt conçu pour les touristes frontaliers (beaucoup d’alcool et de tourons) que pour les randonneurs. J’y fait l’erreur d’acheter beaucoup trop de choses, et me retrouve avec un sac blindé au max pour reprendre la montée vers le paso de los Caballos.
Le topo de Marie Millet décrit cette section comme interminable, et effectivement ça a été mon impression ! Si je devais le refaire, je ferais certainement le détour via Bielsa puis le collado de Pardinas : on me l’a chaudement recommandé à plusieurs reprises !
Cela dit, une fois arrivé au paso de los Caballos, la descente vers la vallée est des plus agréables. Je ne croise pas un chat, mais encore une fois de nombreux isards ! Le bivouac est officiellement interdit je crois (mais on peut peut-être poser la tente incognito tard, il y a plein de jolis endroits où s’installer) et il y a quelques cabanes (qui peuvent dépanner sans être des plus accueillantes) sur le chemin. Faute de me décider pour un spot de bivouac, j’arrive en fond de vallée et décide de me rabattre sur le camping “El Forcallo”. Bonne surprise, j’y recroise plusieurs HRPistes croisés en début de traversée, et on passe une soirée très sympa !
Après une journée de repos la veille, je m’élance de bon matin sur la HRP avec l’idée de dormir quelque part entre les lacs de Barroude et Parzan ce soir. Pour la première fois de la traversée, une petite flèche “HRP” indique le chemin, du côté de la chapelle de Héas. La montée vers la hourquette de Héas se fait très facilement et sans que je croise personne. J’y fais une petite pause pour profiter de la vue : le passage est joliment découpé dans la roche, et la vue des deux côtés est splendide.
Une petite heure plus tard, j’atteins la hourquette de Chermentas qui est un peu plus fréquentée, même si on reste bien loin des foules de Gavarnie, Estaubé et Troumouse. L’ambiance redevient plus sauvage ! Le chemin qui mène aux lacs de Barroude est charmant, serpentant en balcon le long de belles falaises. Si je n’y croise aucun randonneurs, je fais la rencontre d’une bonne vingtaine d’isards !
Une indication HRP (!)Vue à partir de la hourquette de Héas sur les Pic de Lentilla (3154 m), Pic de Campbieil (3173 m) et Pic d’Estaragne (3006 m)Un peu avant d’arriver aux lacs de BarroudeLes splendides formations surplombant les lacs de BarroundeLa jolie cabane de Barrosa
L’arrivée au lacs de Barroude est magnifique, et je suis bien heureuse d’avoir poussé jusque là ! J’avais un peu hésité à rejoindre l’Espagne plus tôt en passant par la brèche de Tuquerouye ou par le Port neuf de la Pinède depuis le cirque d’Estaubé, mais les falaises surplombant les lacs sont si belles que je suis ravie d’être ici ! A noter que ces deux passages sont bien empruntables (et réalisés par plusieurs HRPistes croisés plus tard), contrairement au passage au col de la Munia apparemment assez craignos.
Il y a largement de quoi bivouaquer sur les bords du lac, et d’ailleurs évidemment certains ont déjà plantés la tente à 15h, mais je décide de pousser un peu et de dormir à la cabane de Barrosa, quelques kilomètres plus bas après avoir basculé en Espagne. J’ai de la chance, personne d’autre ne s’y arrête et je l’ai donc à moi seule pour la nuit !
Je me sens un peu plus en forme aujourd’hui, et dit au revoir au cirque de Gavarnie pour aller voir celui d’Estaubé et de Troumouse. Je croise un anglais avec qui je monte jusqu’au refuge des Espuguettes, où je l’informe que je dois faire une pause obligatoire : mes règles sont arrivées ! Je comprends mieux ma fatigue d’hier, je suis toujours HS quand j’ai mes règles (et malheureusement, ça va durer plusieurs jours !).
Après m’être occupée de l’urgence règle, je me remets en route avec l’espoir de rattraper mon compagnon de route, qui a continué vers la hourquette d’Alan. La solitude commence à me peser un peu, et j’aurai trouvé sympa qu’on marche un peu plus ensemble. Je ne le recroise pas et décide de faire une petite pause au col, histoire de profiter une dernière fois de la vue sur le cirque de Gavarnie. J’en profite pour écouter la conversation d’un membre du PGHM et d’un autre randonneurs sur les différents passages pour basculer côté espagnol. J’avais envisagé de passer par la brèche de Tuquerouye, mais les pyrénéistes d’hier m’avaient déconseillé de m’y aventurer seule. Le gendarme raconte justement qu’une randonneuse s’est blessée là il y a quelques jours après avoir fait une glissade sur plusieurs centaines de mètres. L’anecdote me décide à éviter le passage, d’autant qu’un gros orage est annoncé dans l’après-midi.
Aujourd’hui aussi, il y a pas mal de monde sur les chemins : ce n’est clairement pas la partie la plus sauvage de la HRP (bien qu’elle demeure très belle), et les sentiers sont très accessibles, y compris en voiture. Je trouve un endroit ou pique-niquer tranquillement face au cirque d’Estaubé, adossée à une pierre qui me cache du chemin. Mais la météo commence déjà à se gâter et je décide de remettre rapidement en route vers le cirque de Troumouse. Alors que j’avance vers le lac des Gloriettes, l’orage se rapproche très vite, et plusieurs dizaines de randonneurs convergent vers le barrage et son parking pour s’abriter dans leurs voitures.
Mais je n’ai pas ce choix, alors je décide de pousser jusqu’à l’auberge du Maillet pour me réfugier. J’avais prévu de trouver un endroit où bivouaquer, mais le combo règles et rando me met complètement KO : je décide de rester dormir à l’auberge, et d’aviser le lendemain pour le trajet à emprunter pour basculer côté espagnol.
Finalement, je vais être tellement HS que j’y resterai deux nuits, le temps de me sentir un peu plus en forme pour me remettre en route ! Je n’avais pas du tout pensé à prendre en compte la fatigue liée à mes règles dans mon projet de HRP, et finalement j’ai eu une grosse période de vide pendant une bonne semaine suite à celles-ci. L’effort constant déployé chaque jour pour marcher, mon sac un peu trop lourd, et un manque de réflexion côté alimentation ont aggravé le tout je suppose, de même que la solitude qui a été plus importante à partir de cette étape.
Je me lève tôt et prends mon petit dej sur ma pierre-chaise longue, en profitant de la lumière du matin sur le Vignemale. La HRP commence aujourd’hui par monter à la hourquette d’Ossoue, à 2734 m, en s’approchant graduellement de cette splendide face nord. Le sentier serpente agréablement, et les vues sur le glacier des Oulettes de Gaubes sont de plus en plus belles, mais je sens que je ne suis pas très en forme et avance lentement.
J’avais prévu de monter au Petit Vignemale, à 3032 m, mais finalement je ne me sens pas les jambes d’y aller, alors même que cela ne demande qu’à peine 300 mètres de dénivelé supplémentaires, le tout sans sac. Je décide de redescendre plutôt rapidement sur Gavarnie, où j’ai prévu de dormir soit dans du dur soit au camping, histoire de prendre une vraie douche et de recharger mon portable. La descente est plus longue qu’il n’y paraît, bien qu’elle soit très belle. Je passe devant les drôles de grottes creusées par Russell, qui sont encore en très bon état et relativement épargnées par les déchets.
En descendant vers Gavarnie, la Brèche de Roland et le Taillon au fondLe cirque de Gavarnie
Il y a pas mal de monde sur le sentier, et comme il y a quelques névés à traverser on n’avance pas très vite par moment. Toujours un peu dans les choux, je décide au niveau du barrage d’Ossoue de sortir du tracé HRP pour suivre la piste qui descend plus vite vers Gavarnie, avec l’espoir de peut-être faire un coup de stop pour rejoindre le village. Un kilomètre plus loin, ma chance arrive : une voiture passe et me prend ! Je rencontre ainsi deux anciens pyrénéistes qui descendent du refuge de Bayssellance, où ils étaient montés quelques jours pour tourner un documentaire sur la première ascension du Vignemale par une femme, Ann Lister, en 1838.
Une fois déposée à Gavarnie, je me refais un ravito complet, profite d’une douche chaude au camping, et m’offre un combo pizza-glace-bière pour un dîner royal face au beau cirque.
Décidément, cette partie de la traversée est magnifique ! Cette journée sera probablement l’une des plus belles, si ce n’est la plus belle, de ma HRP.
Je me réveille de bon matin, en pleine forme : j’ai l’impression que mes douleurs au mollet sont derrière moi. La HRP monte sur un joli chemin qui longe un torrent vers le Col de la Fâche et je me sens au top, j’avance à toute vitesse. Il est encore tôt quand j’arrive au lac qui précède le col, et je n’ai croisé personne. Mais se dresse devant moi un obstacle qui m’inquiète un peu. Un névé bien raide et assez conséquent occupe toute une partie de la montée vers le col, et je me sens peu sûre de moi. Si je glisse, je tombe direct dans le lac quelques dizaines de mètres plus bas, qui est visiblement très froid vu qu’il est encore en partie couvert de glace. Sans réseau et sans Garmin InReach ou autre PLB, je m’imagine (probablement trop rapidement) finir en hypothermie sévère …
Je décide d’attendre au moins 15/20 minutes, voir si quelqu’un arrive. Quitte à glisser, j’aimerai autant que quelqu’un le sache. Sinon tant pis, j’essaierai de passer. Heureusement, trois espagnols arrivent au bout d’un quart d’heure et je fais le passage avec eux. Devant la raideur du névé, ils décident de le contourner par le haut, et on le dépasse en quelques minutes. Ouf, une première frayeur de passée !
Je les laisse au col et commence ma descente vers le Refuge Wallon Macadau. C’est assez long, mais le vallon m’enchante ! C’est très vert, l’eau coule à flot, je suis décidément sous le charme du Parc national. Je pique nique au abords du refuge super moderne le temps d’avaler un énième sandwich pata negra (qui commencent déjà à un peu me dégoûter), et j’entreprends la seconde ascension de la journée, vers les lacs d’Aratille et leur col.
Si le vallon du Macadau m’avait déjà charmée, je garde un souvenir vraiment idyllique de cette montée. Le premier lac d’Arratille est très beau et je m’autorise une pause assez longue sur ses berges. Le chemin vers le second lac se perd rapidement dans un pierrier cairné. Je me trompe de cairn et suis obligée de rebrousser chemin. Mais je suis rassurée, pas de névés en vue ! L’expérience du matin m’a suffit pour la journée.
Le passage entre le col d’Arratille et le col des Mulets est superbe. Indiquée comme légèrement difficile dans mon topo, je n’y vois pas trop de difficultés. C’est un beau chemin en balcon dans le pierrier, qui longe une ligne de niveau et offre une jolie vue sur un nouveau vallon avant de remonter vers le dernier col de la journée. Surtout, il offre une première belle vue du Vignemale et de sa face ouest.
Du col de la Fâche, vue sur l’Espagne et les lacs de la FâcheMontée idyllique vers le lac d’ArratilleLe lac d’ArratilleLe lac du col d’ArratilleFace ouest du Vignemal, vue du col d’ArratilleLe joli chemin en balcon sur pierrier, entre les col d’Arratille et des MuletsLa magnifique plaine du Vignemale
La descente du Col de Mulets vers la plaine du Vignemale se fait sans encombre : quelques névés mais sans risque ou très simples à contourner. Au tournant d’un des lacets qui descend vers la plaine, la vue s’ouvre soudainement sur la face nord du Vignemale. Après tant de splendeurs déjà décrites, je suis à court de superlatifs et pourtant c’est probablement avec les Aiguilles d’Ansabère l’une des vues qui m’a le plus marqué. J’y suis retourné en septembre, à peine un mois et demi plus tard, deux jours de suite, pour admirer cette montagne qui m’a tant impressionnée.
Il y a beaucoup de monde qui a déjà posé la tente sur l’aire autorisée de bivouac (alors qu’il est tout juste 17h…), mais je trouve un spot super. Un peu caché derrière deux gros rochers, il dispose surtout d’un luxe exceptionnel : une sorte de chaise longue naturelle dans la courbe de l’un des rochers, avec vue sur la face nord du Vignemale. J’y passerai toute la soirée, absorbée par la contemplation de celle-ci.
La journée commence par une bonne descente, facile, à travers les troupeaux de vaches et de chevaux jusqu’au Gave du Brousset et l’étonnant Caillou de Soques. Ensuite, une montée régulière mène au Col d’Arrious et à la première difficulté notée dans mon topo : le passage d’Orteig, réputé assez vertigineux.
Effectivement il y a un peu de gaz, mais c’est surtout splendide : la vue sur le lac d’Artouste, 300 mètres plus bas, est magnifique. Le chemin est étroit mais sans difficulté et très largement chaîné. Quelques cairns plus loin, je descends vers le Lac d’Arrémoulit et son refuge en travaux. Encore une fois, la vue est somptueuse ! Je pique nique sur une belle pierre lisse au soleil, en contrebas du chemin, et décide de profiter de l’atmosphère une bonne heure avant de repartir vers le Col d’Arrémoulit pour basculer de nouveau en Espagne.
Décidément, le tracé de la journée est merveilleux : la descente sur le versant espagnol et vers le Refuge de Respumoso se fait le long d’une suite de lacs splendides, qui recèlent d’endroits idylliques où bivouaquer.
Réveil au top face à un Pic du Midi d’Ossau sorti des nuagesLe lac d’ArtousteArrivée au passage d’OrteigLe lac d’Arrémoulit et son refuge en travauxLa belle vue du picnic, au lac d’ArrémoulitAu col d’Arrémoulit, splendide vue côté espagnolBivouac au bord d’un petit lac après Respumoso
Mais je veux au moins dépasser Respumoso ce soir, afin de rester à jour sur ma découpe prévisionnelle d’étapes. Je n’ai que 36 jours en tout et pour tout de disponibles (en comptant les jours de repos), avant de rejoindre mon copain pour finir notre Transalpes : je dois avancer si je veux finir. Ce sera probablement mon plus grand regret du voyage : avancer coûte que coûte, au détriment du plaisir de savourer les paysages, mais aussi et surtout de ma forme physique et mentale, pour finir à tout prix ma HRP avant le 4 août. J’y aurai trouvé une détermination que je ne me connaissais pas, mais je me suis épuisée à avancer sans respecter mon rythme ni mes envies.
Officiellement le bivouac est interdit par ici, mais de très nombreux cercles de bivouacs sont déjà occupés. Après une pause au Refuge de Respumoso, j’avance jusqu’au Ibon de la Ranas pour trouver un spot correct, pas très plat mais disposant d’une belle vue sur ce laquet.