Après un petit dej très copieux, je me mets en route vers Astun et sa station de ski sans âme. La journée commence par 2/3 kilomètres sur le goudron, mais heureusement ce seront quasiment les derniers de la traversée ! Pour ne rien changer, mon ascension vers le Col des Moines se fait dans la brume, avec très peu de visibilité. J’essaie au col de distinguer le Pic du Midi d’Ossau sans succès et décide de descendre au Lac Castérau pour le pique nique. Pas mal de monde ici, mais la vue se dégage : c’est splendide !
Détails importants et systématiquement vrai sur toute ma traversée à partir d’ici : je croise de l’eau à profusion, plusieurs fois par jour. Je décide donc d’adopter une technique ultra light légèrement risquée : ne porter que le minimum d’eau (la plupart du temps maximum 50 cl dans une de mes bouteilles plastiques). Finalement, ma poche à eau de 2L ne m’aura servi quasiment que pour la canicule et le Pays Basque et pour les deux derniers jours en arrivant vers la Méditerranée.
La montée vers le Pic du Midi d’Ossau est super agréable. Je suis en pleine forme malgré une douleur encore un peu présente dans le mollet, j’avance très vite et double tout le monde : c’est plutôt bête mais je suis contente. Le sommet restera mystérieux tout au long de la journée, toujours un peu caché derrière les nuages.
Vue sur la cabane de Peyreget, en montant vers le lac du même nomPetit chaos de blocs bien balisé pour monter au col de PeyregetLe sommet se découvre !Le Cirque Sud du Pic dans la brumeArrivée au refuge de PombieBivouac avec une vue extrêmement intermittente sur le Pic du Midi d’Ossau !
J’arrive au Refuge de Pombie un peu avant 17h : il y a déjà pas mal de tentes plantées autour du lac, le lieu est visiblement pas mal fréquenté. Je me trouve quand même un spot sympa, avec à la fois une belle vue sur le Pic du Midi d’Ossau et la sensation d’être assez isolée des autres campeurs derrière plusieurs rochers.
Nuit difficile : le patou nous a rendu une visite mouvementée vers 3h, en aboyant sur nos tentes à tour de rôle pendant une bonne heure. Je me lève la première, et décide de commencer à avancer seule : aujourd’hui j’ai prévu une petite magouille pour doubler deux étapes. Je vais descendre en Espagne sur le GR 11 pour viser Candanchu dès ce soir, plutôt que de suivre la HRP classique qui remonte vers le Refuge d’Arlet.
A cette heure avancée, la brume recouvre tout et je commence ma journée sans rien voir du paysage. Comme nous étions arrivés hier sous un ciel couvert, je n’avais déjà pas pu voir les fameuses Aiguilles d’Ansabère. J’arrive rapidement au lac d’Ansabe, où paissent paisiblement quelques chevaux, et me retourne pour assister à un spectacle phénoménal. La Grande Aiguille d’Ansabère se découvre, une splendide face lisse de plusieurs centaines de mètres. J’en reste scotchée. Je repense à mon séjour récent à Yosemite, au fait d’avoir été légèrement déçue devant la vallée tant attendue et son Half Dome mythique. Ici, devant une formation dont l’existence m’était encore inconnue il y a quelques jours, j’ai le souffle coupé face à tant de beauté inattendue. Je monte très lentement vers la crête qui me fera basculer vers l’Espagne : comme aimantée par le paysage, je ne cesse de me retourner pour le contempler.
Six mois après avoir complété ma traversée, la découverte des Aiguilles d’Ansabère reste pour moi le premier émerveillement de ma HRP. J’avais vu de beaux paysages avant, et en verrai de magnifiques bientôt, mais cette splendide face de la Grande Aiguille d’Ansabère qui se dégage des nuages reste l’un des plus beaux moments de mon mois de marche.
Vue côté français au lac d’Ansabe Et côté espagnol au Ibon de AcheritoLe splendide Humedal de Aguas Tuertas
La descente côté espagnol se fait très facilement, et j’arrive en fond de vallée à toute vitesse. Après avoir rempli mes gourdes, je me lance sur le GR 11. Au lieu d’emprunter le nouveau tracé du GR, qui longe le Rio Aragon Subordan par le nord, je suis d’anciens marquages, sans trop faire attention, qui me mène à une route goudronnée. Je m’y engage en espérant que le chemin s’en éloignera rapidement, mais il la suit en fait pendant 6 bons kilomètres.
Un peu fâchée de mon erreur, et pas ultra impressionnée par le paysage non plus, je commence à me sentir déçue de mon astuce (prendre le GR 11 plutôt que la HRP). Je change rapidement d’avis en arrivant au niveau de la vallée du Humedal de Aguas Tuertas, qui est absolument splendide. Je pique nique sur un rocher pour profiter de la vue, puis remonte tranquillement la vallée avant de repasser en France au Pas de l’Escalé. C’est ici ma première incursion dans la Parc National des Pyrénées, où je rejoins vite la HRP classique.
La journée commence à être un peu longue et ma douleur dans le mollet se réveille sérieusement quand mon chemin débouche sur une route. Il faut marcher sur le bord de la route pendant un petit kilomètre avant de pouvoir s’en éloigner (légèrement) mais de continuer à la longer. Un bruit de moteur se rapproche alors je me décide vite à tendre le pouce, et je suis prise par deux espagnols super sympas et très inquiets par mon entêtement à reprendre ma marche le lendemain malgré mes douleurs.
Dans la voiture, j’avise des prix plutôt bas dans l’hôtel Snö Candanchu et un petit dej qui semble gargantuesque, alors je décide d’y aller plutôt que de viser l’auberge. De toute façon, je dois passer à Candanchu pour faire ravito à l’épicerie !
Le ravito est très décevant au vu des étagères peu achalandées, mais je n’ai pas d’autres possibilités alors je prends ce qu’il y a. C’est ma rencontre avec la pâté espagnol low cost « La Piara / Tapa Negra », qui va m’accompagner pendant une bonne partie de ma traversée et dont la vue me rendrait un peu malade aujourd’hui.
Première très très belle journée d’après moi sur la HRP. A partir de là, toutes mes journées de marche vont m’amener dans des paysages à tomber par terre !
Départ tardif ce matin avec l’équipe improvisée hier soir : la météo n’est clairement pas excellente mais on hésite quand même à passer par un sommet sympa … On finit par se décider pour la Table des trois rois : le « leader » de notre groupe, un alpiniste espagnol d’une soixantaine d’années très très en forme, nous convainc de tenter le coup ! Un sacré personnage que cet Arturo : après avoir parcouru le GR 11 il y a quelques années, il est cette fois-ci en train d’enchaîner GR10 d’est en ouest puis HRP pour le chemin retour.
Nous quittons le refuge et suivons le GR 12, qui traverse la réserve intégrale d’Ukerdi, jusqu’au Anaieko Lepoa, à 2086 mètres. Le ciel est bien couvert et les nuages commencent à tomber bas, mais nous décidons de continuer vers le sommet. Pour gagner du temps, nous essayons de couper tout droit dans le pierrier derrière le col, en suivant grosso modo la courbe de niveau 1950m. Grossière erreur : le pierrier est dégueulasse, nous roule sous les pieds, l’inclinaison est assez forte et la végétation trop éparse pour retenir quoi que ce soit. On finit par rejoindre le Col des Ourlets, mais en ayant perdu pas mal de temps.
A partir d’ici on suit un chemin cairné plutôt bien dessiné au début puis rapidement, comme on s’enfonce dans les lapiaz, plus difficile à suivre. Les cairns deviennent très très nombreux, on décide de les suivre sans chercher à rester sur un chemin donné, supposants que tous doivent mener à la Table des Trois Rois.
Du beau caillou dans la réserve naturelle de Larra-Belagua Splendide vue du sommet de la Table des Trois RoisBivouac à côté des cabanes d’Ansabère
Le passage sur lapiaz est très beau, parfois impressionnant, on enjambe des brèches profondes de plusieurs mètres et on pose le pieds sur des rochers semblants prêts à rouler au fond de crevasses. Quelques passage sont assez verticaux, mais il est probablement possible de les éviter en suivant mieux un chemin réel. On arrive assez rapidement à un ressaut final qui nous mène facilement à un replat séparant le sommet principal de la Table des Trois Rois (2446m) à son sommet secondaire (2421m). A partir d’ici la montée au premier peut se faire en l’abordant par l’est ou en le contournant pour passe par l’ouest (plus facile). On arrive au sommet et, excellente surprise, la vue se dégage suffisamment pour que nous ayons par intermittence de très belles vues à quasi 360°.
Notre descente vers les Cabanes d’Ansabère se fait ensuite sans encombre. Comme pour la première partie de la journée, nous croisons très peu de monde. Nous arrivons aux cabanes assez tard, et dans une atmosphère inattendue : le berger a invité des copains pour la soirée, il y a de la musique, des bières qui refroidissent dans l’abreuvoir et plein d’enfants ! Aucune place dans les cabanes évidemment, mais le berger nous propose de dormir un peu plus loin : on ne l’embêtera pas, on risque juste d’avoir une visite du patou pendant la nuit. Mais comme il nous dit, de toute façon par ici il y a des alpages et des patous partout ! On posera donc les tentes à l’endroit recommandé, après avoir acheté une bonne part d’excellent fromage au berger.
Départ solo ce matin, je suis réveillée et prête alors que les autres prennent leur petit dej, alors je décide de commencer toute seule. La brume recouvre totalement le paysage, et le sentier serpente dans des alpages qui se découvrent difficilement. Aujourd’hui, la HRP monte au Pic d’Orhy, premier 2000 de la traversée.
Le chemin sous la crête (petits lacets pour descendre de la crête visibles à droite)
On suit un chemin plutôt bien tracé pour y monter, avec un passage en crête bien sympa vers la moitié de l’ascension. On arrive ensuite à un petit collet qui comporte à mon sens la première (petite) difficulté de la HRP : soit on passe tout droit par l’arête (quelques pas d’escalade pas exposés pour arriver sur la crête puis une traversée un peu expo pour le coup), ou en suivant le topo de Marie Millet, on suit une petite sente cairnée qui descend à gauche en lacets très serrés, longe le bas de l’arête, puis remonte pour en rejoindre la fin. Ensuite on atteint rapidement le sommet : jolie mer de nuage ! J’y croise un randonneur déjà rencontré hier, puis un peu plus loin deux autres. A partir de là, je vais fréquemment revoir les mêmes personnes.
Le brouillard reste épais et bas toute la journée, et le trajet est encore long vers le Refuge du Belagua. Les traversées d’alpages se succèdent tout l’aprem, je me perds un peu sur le fameux GR12 mal balisé : pas évident dans la brume de repérer les plots rouge et blanc à plus de 5 ou 10 mètres.
J’arrive totalement rincée et surtout assoiffée au refuge : quasi pas d’eau sur le trajet ! Quelques sources timides au milieu des alpages, mais beaucoup trop souillées à mon goût vu le nombre de vaches et de bouses. Un robinet quelques centaines de mètres avant d’arriver au refuge, mais sinon rien de la journée …
J’avais prévu d’essayer de bivouaquer autour du refuge (ce qui me semblait faisable vu les infos de mon topo), mais la gardienne n’est pas de cet avis, alors je décide de m’offrir une seconde nuit dans du dur ! Je commence à croiser du monde que je connais déjà au refuge, la soirée se déroule agréablement et je me trouve une petite équipe pour l’étape du lendemain.
Plusieurs tracés sont possibles : suivre la HRP sur une étape réputée assez difficile niveau orientation, récupérer le GR10 pour passer par Lescun, ou passer par un sommet au choix : Pic d’Anie, Table des trois rois, etc. La météo annonçant de l’orage pour le lendemain, nous décidons de reporter au matin le choix de l’itinéraire.
Notre petit groupe nouvellement formé quitte le refuge d’Azpegui vers 8h dans un épais brouillard. J’ai encore un peu mal au mollet mais il m’élance moins qu’hier et j’espère que je vais pouvoir marcher jusqu’à Iraty ce soir. Jusqu’ici, mon plus long trek a été ma traversée en 2024 de Sixt-Fer–à-Cheval au Mont Cenis : 15 jours et autour de 15/20 km pour 1200 m de D+ en moyenne par jour. La découpe d’étapes que j’envisage pour la HRP (c’est-à-dire celle proposée par Marie Millet dans son topo) est donc un peu plus ambitieuse. On va voir comment je tiens, il faudra peut-être m’adapter.
Nous suivons aujourd’hui le GR12, avec quelques sections en hors sentiers pour longer les crêtes. C’est un drôle de GR, visiblement peu emprunté et peu entretenu. Dans le brouillard et à travers les champs de fougères, on a pas mal de difficulté à suivre le balisage (les plots marqués rouge et blanc sont plus courts que les fougères !). On se trompe un peu mais on arrive toujours à retomber assez rapidement sur le chemin.
Au bout de quelques heures, nous faisons une pause au bord d’un ruisseau, le temps de faire sécher nos chaussettes trempées (la faute aux nombreuses traversées de champs de fougère). Un couple arrive dans l’autre sens, ce sont des HRPistes qui viennent de Banyuls ! Si j’avais déjà rencontré quelques randonneurs qui effectuaient la traversée d’est en ouest, je n’en avais croisé aucun jusqu’ici qui était en train de la faire d’une traite. Nous échangeons assez longuement avec eux : quels ont été les passages les plus difficiles ? Restait-il beaucoup de névés dans la partie centrale dans la traversée ? Quels refuges recommandent-ils ? Quelles variantes ? Etc.
Notre après-midi se déroule sans encombre, dans un brouillard toujours épais. Nous arrivons en fin d’après-midi vers l’aire naturelle de camping-cars Etxola. Il y a là une salle de bain en libre accès avec eau courante, WC propre, électricité (et prises) et surtout plusieurs douches avec eau chaude (!!). Il y a largement de quoi bivouaquer au bord de la rivière qui coule au fond de ce vallon, mais nous décidons de remonter jusqu’à Iraty sans profiter de ce bivouac de luxe : la journée de demain s’annonce déjà suffisamment longue.
A Iraty nous attend une épicerie, petite mais disposant d’éléments de bases de ravito (assez cher mais de bons produits), et surtout un super food truck de crêpes ! Pour 18 euros, il est possible de dormir dans du dur dans des chambres à deux avec salle de bains et cuisine partagées aux Chalets d’Iraty (se renseigner à l’office de tourisme). Avec un peu de chance, vous serez même tout seul dans votre chambre, il n’y avait quasiment personne quand nous y sommes allés (le 3 juillet) ! Sinon, large emplacement de bivouac en dessous du Chalet.
Je me réveille de bon matin, avec l’envie de partir avant le mec creepy d’hier pour ne pas avoir à le recroiser sur les sentiers. Malheureusement sa tente n’est déjà plus là, j’ai plus qu’à espérer qu’il soit reparti dans l’autre sens. Je discute un peu avec deux HRPistes qui viennent de Banyuls et qui sont sur la fin de leur traversée, puis je me mets en route.
Un brouillard épais recouvre les collines environnant les Aldudes, et je monte avec une visibilité très limitée dans les alpages. Pas de chance, je tombe rapidement sur l’homme d’hier. Je le dépasse en lui disant à peine bonjour, et je presse le pas histoire de ne plus le recroiser.
Je croise pas mal de spots très correct pour bivouaquer sur le chemin, avec plusieurs replats herbeux pas trop loin de sources. C’est décidé, la prochaine fois que je ne le sens pas de dormir quelque part, j’essaierai d’aller un peu plus loin, après tout pas mal de spots peuvent se prêter à un bivouac rapide !
En descendant vers le col de Meharroztegi, je loupe vraisemblablement la sente qu’emprunte la HRP, et décide de suivre une courbe de niveau pour contourner l’Errola et récupérer le chemin quelque part. Je suis jusqu’à la taille dans la végétation trempée, c’est pas bien agréable et en même temps je suis contente, je me dis que je fais “le sanglier”, comme je l’avais lu sur les forums !
La journée est vraiment solitaire, je n’ai pas croisé une seule personne depuis le randonneur louche de ce matin, ça commence à me faire un peu bizarre. S’il faisait beau ce serait probablement plus sympa, mais mettre un pied devant l’autre dans le brouillard sans rien voir du paysage commence à devenir un peu rébarbatif au bout de 3 ou 4 heures. J’ai un petit coup de blues vers le sommet de Lindus, je me sens bien seule.
Je fais une petite pause pour me changer un peu les idées, le temps de me faire chauffer un café et d’avaler une barre, puis je commence à descendre du petit sommet. On n’y voit toujours rien, mais je commence à croiser un peu de monde. Et puis une fois arrivée au Col de Roncevaux, c’est une vraie foule que je rejoins : la HRP rencontre ici un des chemins de Compostelle.
Je croise énormément de pèlerins, j’hallucine totalement. Je ne savais pas du tout que le chemin était fréquenté à ce point là, c’est peut-être même pire que le TMB. Je dis pèlerins mais en fait il y a l’air d’avoir beaucoup de monde qui se balade à la journée, avec des tout petits sacs, voire rien du tout, et pas trop des looks de randonneurs. Il y a plein d’étrangers, je croise une bonne quinzaine d’états-uniens et plein de personnes asiatiques. Je repense à une fille que j’ai rencontré dans le train, qui venait de Corée juste pour passer une semaine sur le camino… Ça me dépasse un peu.
Quelques kilomètres plus loin et une bonne vingtaine de “buen camino” plus tard, la HRP quitte le chemin de Compostelle et continue sa traversée d’alpages brumeux. Un peu avant d’arriver au refuge d’Azpegui, je commence à sentir des douleurs dans mon mollet droit. Le temps d’atteindre la cabane, une douleur aiguë s’est installée. J’y suis peut-être allée un peu fort en ce début de HRP, les dénivelés ne sont pas très importants mais je fais les étapes du topo, probablement un peu longue par rapport à mes habitudes de marche.
Le refuge d’Azpegui
Je suis rejointe rapidement par le groupe de copains déjà croisé hier aux Aldudes, et aussi par Sophie, la HRPiste solitaire croisée à Hendaye. On discute pendant un bon moment des différentes variantes à venir, des récits qu’on a lu en ligne de précédentes traversées, de notre matos, etc. Je suis bien contente de sociabiliser un peu après cette journée très solitaire, ça me remonte le moral. On décide de marcher ensemble le lendemain, la météo devrait rester à la grisaille alors au moins ce sera sympa d’être à plusieurs !
Petite journée aujourd’hui pour rejoindre les Aldudes, je sais qu’il y a une aire de bivouac là-bas mais je devrais y arriver assez tôt, donc je me dis que je viserai peut-être plus loin. La journée se déroule sans rien de particulier si ce n’est la chaleur étouffante qui s’est réveillée avec le soleil.
Un peu avant de descendre sur les Aldudes, au niveau du col d’Argibel, j’ai le droit à un splendide ballet de vautours qui tournoient dans le ciel. J’en profite pour faire ma pause pique nique ici, avant de descendre tranquillement sur le village.
L’aire de bivouac des Aldudes est plutôt sympa, c’est un gros espace d’herbe avec un accès à la rivière, froide mais bien agréable en ces temps de canicule, plusieurs tables et même une fontaine et des toilettes. Derrière l’aire de bivouac se trouve une épicerie relativement bien achalandée et pas trop chère.
Je suis la première arrivée à l’aire de bivouac, mais je suis rapidement rejointe par plusieurs randonneurs, dont quelques-uns semblent prévoir d’y dormir. Je sympathise avec un groupe de copains et deux retraités super sportifs (les premiers d’une longue liste) qui font la HRP, on s’échange quelques conseils, je suis ravie de discuter un peu.
Par contre, il y en a un qui ne me revient pas du tout. Il est arrivé un peu plus tard et m’a demandé s’il pouvait mettre ses affaires à sécher sur la table sur laquelle j’étais installée (alors que plusieurs tables étaient vides et dispo …). Ne sachant pas trop quoi dire, je lui dis que c’est ok et il commence à mettre TOUT son équipement à sécher dessus. Ok super, en fait j’ai même plus de place pour bouquiner tranquillement mon topo, je m’allonge à côté de la table vu que j’ai déjà monté ma tente là. Commence alors une longue période pendant laquelle l’homme alterne entre aller s’asseoir à côté de sa tente, 10 mètres plus loin, en me regardant, et se rapprocher pour faire mine de regarder si ses affaires ont séché, en ne manquant pas de me lancer de longs regards appuyés.
Je ne suis pas du tout à l’aise, surtout que je me rends compte que les autres randonneurs commencent à replier leurs affaires pour aller dormir un peu plus haut, afin de profiter de la tombée de la nuit et de la baisse de la température pour s’avancer un peu. Je commence à me dire que je vais me greffer sur le groupe de copains avec qui j’ai déjà parlé quand heureusement trois nouveaux randonneurs arrivent et plantent leurs tentes. Ok, je vais pas me retrouver toute seule avec ce mec chelou, je décide de rester.
Je ne dors pas bien, perturbée par l’idée qu’il y ait la tente du mec en question pas loin. En y re-réfléchissant j’aurai dû faire confiance à mon instinct et aller dormir un peu plus loin, histoire d’être tranquille et de ne pas stresser toute la nuit. Plus que du stress, je suis vraiment en colère. Ça m’énerve sérieusement qu’un mec me gâche le début de ma HRP.
Premier réveil sous la tente de cette traversée, j’ai trop bien dormi et je suis prête à bien dérouler sur les sentiers faciles jusqu’à Elizondo. Au départ du col de Lizuniaga, je croise deux retraités espagnols super sympas avec qui je baragouine pendant une bonne heure. J’ai du mal à retrouver mes mots en espagnol, ça fait bien 10 ans que je n’ai pas l’occasion de le parler, mais finalement au cours de la HRP ça va bien revenir ! Ils ne connaissent pas la HRP et me mansplainent gentiment que je suis sur le GR11 et que je vais pas réussir à en arriver à bout en un mois. Ils sont marrants et je suis ravie de discuter, alors j’insiste pas sur mon itinéraire et on marche ensemble jusqu’au col de Lizzarietko.
Je comptais m’acheter un sandwich ici mais c’est raté, les auberges n’ouvrent qu’à 9h30 et je n’ai pas envie d’attendre (il y a par contre des toilettes propres ouvertes et des robinets). Tant pis, j’utiliserai un précieux lyophil à midi. Je me trompe de chemin un peu après le col, par flemme un peu bête de sortir mon topo du sac, mais je récupère la HRP quelques kilomètres plus loin.
Il fait de plus en plus chaud, et je commence à avoir vraiment peur de ne pas avoir pris assez d’eau. Je n’ai plus croisé une seule source depuis un moment, et comme je mange mon lyophil à midi je dois utiliser un peu de mon eau. J’aurai peut-être dû m’arrêter à ce moment faire une pause plus longue à l’ombre, mais je me lance dans la montée vers les cols d’Atxuelako et de Larrondo malgré la chaleur étouffante. On dépasse les 40°C et le sentier est complètement exposé au soleil. On croise deux petits bosquets en chemin et quelques arbres isolés, je dois à chaque fois m’arrêter à leur ombre pour sentir ma température corporelle descendre légèrement.
J’ai tellement chaud et si peu d’eau, et je ne croise plus personne depuis déjà plusieurs kilomètre, je commence à un peu flipper. J’ai tellement entendu parler des risques de déshydratation pendant mes trois mois en Arizona et en Utah, et me voilà comme une idiote à pas avoir rempli mes gourdes à bloc à la dernière source. Pour ne rien arranger je lis actuellement un bouquin recensant les morts survenues au Grand Canyon, qui relate plein d’histoires de randonneurs assoiffés divaguant jusqu’à leur mort au fond du canyon. J’ai repéré deux cours d’eau derrière le col de Larrondo, je m’y accroche pour avancer.
Une fois passé le col, on descend rapidement, ô bonheur, dans un vallon très arboré et fabuleusement frais. Au bout d’à peu près un kilomètre, je tombe sur une cabane nichée au bord du sentier, dans un cadre idyllique : une fontaine coule à flot, et il y a de la belle herbe bien moelleuse à l’ombre. Je rince pour la première fois mon sun hoodie, qui me semble déjà bien sentir la sueur. Va falloir le mettre pendant un mois, j’espère que ça ne va pas être trop horrible !
Je reprends mon chemin vers Elizondo, en ayant en tête de m’arrêter un peu avant d’arriver en ville, sur une aire de repos avec eau et table que j’ai repéré sur la carte. Une fois arrivée là-bas, je suis obligée de changer de plan : une bonne trentaine de chevaux vont et viennent librement sur l’aire. Ils sont bien curieux et s’approchent pas mal, alors je décide de descendre en ville et de voir en chemin ce que je trouve pour installer la tente.
Enormément de chevaux et pottoks sur cette étape !
Finalement rien de bien adapté jusqu’à Elizondo, je ne trouve aucun spot plat par contre je me casse la figure en glissant sur un rocher et je m’amoche un peu la jambe. J’arrive en ville un peu fatiguée, et avec un look de bonne crado : les jambes pleines de terre et un mollet en sang. J’espérais un peu y trouver une aire de bivouac comme à Lizuniaga mais pas de bol, ça n’existe pas. L’office de tourisme me conseille de continuer vers les Aldudes ou de trouver un hôtel. J’aurais probablement pu dormir un peu à l’arrache en bordure de la ville mais étant une femme je ne suis pas archi rassurée à l’idée de camper proche de la civilisation, et il est encore un peu tôt dans ma HRP pour prendre la confiance sur mes lieux de bivouac. Je décide donc de me trouver une chambre quelque part, tant pis si je n’avais pas prévu de dormir dans du dur (et surtout dans du payant) si vite.
Je passe donc la soirée en ville, où la température reste suffocante même à la tombée de la nuit. Je fais un super ravito au Dia du coin, pas cher et plein de choix, et mange une gigantesque empanada au thon avec une bière. Je recroise quelques HRPistes ici avec lesquels je discute un peu. Après avoir fait deux semaines sur la transalpes l’an dernier en ne croisant que deux autres transalpistes, je m’attendais un peu à la même chose sur la HRP. Je commence à déjà me rendre compte qu’au contraire, le chemin a bien gagné en popularité depuis quelques années et que je vais croiser de très nombreux HRPistes au cours de mon mois de traversée !
Départ pour cette HRP un peu à l’arrache, je me suis vraiment décidé il y a à peine une semaine, ça me titillait pas mal et j’avais pile 35 jours de dispo, donc j’ai décidé de tenter le coup. J’ai juste acheté en vitesse le nouveau topo de Marie Millet et suis partie avec un sac pas du tout UL, après avoir fait la bêtise aux Etats-Unis d’avoir acheté trop vite un sac UL pas cher en fripe mais pas adapté à mon gabarit. J’hésite au moment d’aller prendre mon train pour Hendaye mais j’ai pas trop le choix, je vais être obligée de partir avec mon Osprey Sirrus 44 et ses 1.6 kilos à vide.
Niveau matos, je n’ai investi dans rien de particulier, j’ai juste mon équipement habituel, avec comme simple ajout un sun hoodie Uniqlo qui m’a déjà bien servi pendant mes trois mois aux Etats Unis. Étant une énorme fan du forum randonner-léger et des fils reddit américains qui discutent de matos, j’ai quand même un sac raisonnablement léger à sec : il doit tourner autour des 7 kilos sans eau ni nourriture. Au plus lourd du voyage, je vais faire une montée atroce après un ravito beaucoup trop craquage, et encore je pense que mon sac ne devait pas dépasser les 12 kilos.
Mais en ce premier jour de traversée, je quitte Hendaye rapidement et je croise dès le début Sophie, une première HRPiste ! Je suis toujours trop contente de croiser des filles qui marchent toutes seules en montagne, et sur une itinérance exigeante comme la HRP ça me ravit encore plus. On marche ensemble pendant une bonne heure en discutant de comment on s’est retrouvées là, de nos précédentes expériences de trek solo, et du fait qu’on sait ni l’une ni l’autre trop quoi faire de nos vies côté pro. Elle réfléchit à bosser dans une salle de grimpe, et moi je n’ose pas lui dire, sentiment d’illégitimité oblige, que de mon côté l’AMM me parle de plus en plus.
La plage d’HendayeLe panneau de départ / fin du GR10 à Hendaye
On se sépare quand ça commence à bien monter, je suis en bonne forme donc j’ai envie d’aller à mon rythme. Je commence cette traversée en pleine canicule, et les jours qui viennent vont être très éprouvants. La montée jusqu’au Col d’Ibardin se fait assez facilement, et me voilà déjà en Espagne ! Il y a largement de quoi s’acheter à manger pour le midi, probablement même de quoi faire un vrai ravito.
Quelques kilomètres après le col d’Ibardin, j’apprends une nouvelle vraiment mauvaise concernant ma famille. Je n’ai pas trop d’informations, je ne sais pas quoi faire : continuer mon chemin en attendant d’en savoir plus ou rebrousser chemin, rejoindre Hendaye et reprendre le train pour rentrer chez moi ? Je suis bien déboussolée par ces nouvelles et doit m’arrêter au bord d’une piste bordée de palombière pour réfléchir. Je suis en train de me décider à rejoindre au moins le col de Lizuniaga ce soir, quand un randonneur arrive à toute vitesse. Il arbore un sac Durston flambant neuf orné d’un piolet, visiblement un HRPiste. Quelque part, cette rencontre éclair me motive à continuer, j’irai à Lizuniaga ce soir !
J’ai décidé d’éviter la Rhune pour faire un départ en douceur, alors je prends la variante au sud (indiquée par le topo de Marie Millet) pour rejoindre le col de Lizuniaga. Le sentier a assez peu d’intérêt pour le reste de la journée, avec pas mal de sections sur pistes forestières et même un petit bout de départementale à suivre. Si j’avais su, j’aurais fait l’effort (pas si compliqué) de passer par la Rhune.
Au col de Lizuniaga, il y a un robinet d’eau et un terrain libre, en face de l’auberge, sur lequel le bivouac est autorisé. Sinon, pas mal de spots en continuant la HRP, et aussi de l’eau régulièrement. Surtout, plein de palombières … je suppose que c’est pas franchement autorisé, mais ça donne bien envie de dormir sur la plateforme d’une d’entre elles !
Une fois n’est pas coutume, le temps semble clément aujourd’hui ! Le bivouac étant interdit dans le cœur du parc de la Vanoise, on a réservé il y a quelques jours deux places au refuge de la Femma, on enchaînera donc trois nuits dans du dur. En attendant, on profite du petit dej buffet de l’hôtel pour discuter de l’itinéraire du jour en se goinfrant de viennoiseries.
Dès le début du sentier qui monte vers le col de Fresse, je comprends que la matinée va être très difficile. Je suis intolérante au lactose et j’ai perdu la raison au petit dej, rendue folle par ce fabuleux buffet. J’ai dû boire 4 tasses de café au lait et manger beaucoup trop de yaourt et de fromage, j’ai ULTRA mal au ventre. Je me traîne sur le sentier comme une loque en me tenant le ventre, je dois faire des pauses tout le temps pour réussir à digérer. La douleur commence enfin à s’estomper au niveau du col de Fresse, et une fois arrivée au col de Leisse, je me sens beaucoup mieux.
C’est ici que notre itinéraire quitte le sentier balisé, pour se diriger droit vers un col sans nom entre la Pointe Boussac et la Pointe du Grand Pré. Cette section hors sentier n’est pas difficile, même si on avance lentement dans les éboulis qui mènent au col. Il n’y a que très peu de cairns mais l’orientation à vue est facile. Warren monte à la Pointe du Grand Pré à 3059m (avec un pas d’escalade facile et pas exposé), puis nous redescendons toujours en hors sentier vers la vallée. Il n’y a pas de cairns mais on s’oriente facilement vers un petit plateau sur lequel paissent des vaches. On rejoint le sentier au niveau d’un cours d’eau, et on ne le quittera plus jusqu’à arriver au refuge.
La crête à atteindre en hors sentier. En arrière plan, la Pointe de la SanaVue sur la Grande Motte et son glacierLa Pointe du Grand Pré
Le refuge est situé dans une très jolie vallée mais il est bondé, nous devons être plus de soixante. Pas de pot, on nous a mis dans le dortoir du refuge d’hiver : une grande pièce avec quatre bas-flanc et une bonne vingtaine de matelas collés les uns au autres. Pour le coup, on aurait préféré dormir au calme dans la tente. L’équipe semble sympa mais c’est un peu l’usine, les douches sont froides et le repas est sympa sans être exceptionnel. C’est pas franchement l’ambiance intimiste d’autres refuges moins accessibles ou plus petits, mais bon on fait avec.