Drôle de réveil ce matin. Nous sommes encore un peu sous le choc de l’orage d’hier, pendant lequel on a tous les deux eu une sacrée frayeur. La fin de la traversée est imminente, et on ne s’attendait pas à vivre une telle aventure à deux pas de Menton. On plie la tente rapidement, et on quitte sans regret le sommet.
Dans une dynamique classique de fin de long voyage, un tiraillement nous anime : nous sommes à la fois heureux d’en arriver à la fin, et tristes d’en fermer déjà la page. La descente vers la ville est plutôt longue, on peut digérer tranquillement l’idée que c’est déjà la fin. L’arrivée à Menton est étrange : on en avait lu des descriptions, mais les traces des nombreux passages de migrants nous rappellent soudainement une réalité bien plus rude. Après des semaines à marcher par envie, croiser les traces de ceux qui empruntent ces chemins par nécessité rend le retour à la civilisation difficile.
La descente vers la ville est encore longue, et nous croisons peu après le plan du Lion notre premier camarade transalpiste de l’aventure ! Après une HRP que j’ai trouvée plus fréquentée que je ne m’y attendais, on est vraiment servi côté solitude avec la Trans’Alpes : sur un total d’un mois de traversée entre 2024 et 2025, on n’aura croisé que trois autres personnes qui suivaient cet itinéraire.
On discute tous les trois jusqu’à Menton, puis on se sépare devant un supermarché. Pour fêter notre arrivée, on s’offre des fruits frais, des gâteaux et du coca avant d’aller s’installer sur la plage. Ça y est, c’est fini !
Ma fin de HRP, trois semaines plus tôt à peine, est encore très présente dans ma tête, alors ce moment a quelque chose d’étrange. Mais je suis heureuse d’avoir vécu cette traversée à deux. On reste longuement sur la plage, fiers de nous et repus de cette longue marche.
C’est déjà l’avant-dernière journée de notre traversée, et quoique nous soyons tristes de nous approcher de la fin, nous commençons à rêver d’une bonne douche ! Ce n’est pas encore pour aujourd’hui, mais notre retour à la civilisation à Sospel nous enchante tout de même. On y prévoit un ravito gargantuesque, histoire de fêter la fin de notre épopée.
Le chemin serpente agréablement toute la matinée dans une garrigue dont les effluves chauffées par le soleil sentent bon le sud. La température augmente rapidement et nous ne croisons plus une source. Heureusement, la descente vers la ville n’est pas longue, et nous y trouvons tout ce dont nous rêvions. On s’offre un super deuxième petit déj à la très bonne boulangerie de Sospel, puis on décide de prendre le soleil en terrasse avec un coca bien frais. Un peu avant midi, on passe faire un ravito plaisir au petit supermarché de la ville, complété par de copieux pains bagnats qu’on prend lors d’un second passage à la boulangerie. Et c’est parti pour la dernière ascension de la Trans’Alpes, direction le Monte Grammondo !
La montée se fait difficilement : la chaleur est étouffante et on a chargé nos gourdes au maximum, comme nous ne devrions pas croiser de sources d’ici Menton. Nous arrivons au sommet en fin d’après-midi. D’ici, la méditerranée est omniprésente ! La vue plongeante sur Menton est superbe, et nous profitons d’un bon dernier repas dans la nature en discutant des plus beaux passages de notre périple.
On a déjà installé la tente quand on observe que des nuages très bas commencent à se former. Très vite, ils s’épaississent suffisamment pour que nous fassions face à une vraie mer de nuage. Aucun orage n’était annoncé ce soir, mais je commence à m’inquiéter de notre lieu de bivouac. Si jamais ça pète, nous sommes non seulement au sommet le plus haut du coin, mais en plus celui-ci est orné d’une belle et immense croix en métal. On vérifie le radar météo sur meteoblue plusieurs fois, tandis que de gros nuages commencent à se former au-dessus de nous. Rapidement, le temps tourne au pire : les nuages qui stagnaient dans la vallée se soulèvent pour rejoindre la masse nuageuse sombre qui nous surplombe et qui s’opacifie à vitesse grand V.
La mer de nuage vue du Monte Grammondo
On n’arrive pas à se mettre d’accord sur le fait de descendre ou non du sommet pour aller planter la tente ailleurs, alors on se retrouve bloqués là : la pluie se met à tomber plutôt violemment et nous nous réfugions sous la tente en espérant que la perturbation passe rapidement. Malheureusement, la pluie et l’orage vont durer une bonne heure, et surtout s’approcher méchamment de notre tente. Au début, je suis la seule à être stressée, persuadée que c’est totalement stupide d’être restés au sommet, là où nous sommes le plus exposés à la foudre. Le tonnerre semble se rapprocher, l’écart entre la foudre et les grondements se fait de plus en plus mince.
Soudain, un éclair zèbre la tente et quasiment immédiatement nos tympans semblent exploser. Un tonnerre assourdissant se fait entendre tandis qu’une profonde vibration se fait sentir. Tétanisés, nous attendons la fin de l’orage sans faire un bruit, comme si nos voix pouvaient attirer la foudre encore plus près. Dans ma tête, j’ai l’impression qu’on pourrait bien y passer. L’orage dure longuement. De réguliers flashs illuminent la tente. Par deux fois, la foudre semble encore taper à quelques centaines de mètres de nous, avec presque aucun décalage entre l’éclair et le tonnerre.
Après une heure qui nous semble durer une éternité, l’orage semble enfin s’éloigner. Nous restons longuement sous la tente, à ne plus oser sortir, trop perturbés par ce qu’on vient de vivre. Par les ouvertures de la tente, le ciel semble enfin s’éclaircir. Il fait maintenant nuit, mais les nuages ont disparu, et une belle lune claire répand sa lumière pâle sur la mer.
Dernière journée en environnement haute montagne de notre TransAlpes ! Nous nous levons de bon matin, et avalons rapidement le dénivelé vers la baisse de Valmasque. On y rencontre une randonneuse solo qui marche depuis un bon mois et demi : elle a suivi le GR 5 jusqu’ici, avec en supplément la boucle totale du GR 58 parce qu’elle avait trouvé le Queyras très joli ! Je suis ravie de parler avec une femme qui marche seule, surtout aussi longtemps, alors on fait un petit bout de trajet ensemble en descendant dans la vallée des merveilles.
On y croise un peu de monde, mais il fallait s’y attendre, et par rapport à notre journée sur le tour du mont blanc l’année précédente, c’est une foule très relative. Surtout, un orage est annoncé en début d’après-midi et le ciel commence déjà à s’assombrir : les randonneurs à la journée ont dû préférer passer leur chemin !
On fait un arrêt au refuge des merveilles histoire de prendre de l’eau et de profiter de leurs wc en dur, puis on accélère pour monter à la Cime du Diable avant l’orage. Au sommet, l’ambiance est encore très minérale côté Mercantour, mais le paysage au sud s’adoucit : ça sent la fin de la traversée ! Nous sommes encore à 2700 m d’altitude, mais d’ici la fin de la journée on passera définitivement sous la barre de 2000 m.
Dernier regard sur les sommets du Mercantour
Les nuages commençant à descendre méchamment dans les vallées, on décide de reporter notre pique nique et de plutôt descendre nous mettre à l’abri avant que ça ne pète. La descente vers la baisse cavaline nous demande un peu d’attention : la sente disparaît par moment, on s’efforce d’aller vite pour échapper à l’orage mais la pluie commence et rend les pentes herbeuses glissantes à souhait.
Les premiers coups de tonnerre retentissent alors que nous arrivons vers le col de Raus. Heureusement, on repère pas mal de constructions indiquées sur notre carte, et on allonge le pas pour s’abriter sous une sorte d’auvent en béton derrière le bunker au niveau de la baisse de Saint-Véran. Sur la porte du bâtiment, un écriteau en interdit l’entrée : la construction risque de s’effondrer. Quatre jeunes y sont quand même réfugiés, serrés les uns contre les autres juste au seuil du bunker. Un énorme trou dans les sols les empêche d’aller plus loin. On reste donc planqués sous notre auvent, collés autant qu’on peut au mur pour éviter la pluie battante.
L’orage prend en puissance et se déchaîne sur les sommets qui nous entourent et la vallée à laquelle nous faisons face. On est frigorifiés et mal abrités de la pluie, mais le spectacle des éclairs est superbe ! On profite d’une légère accalmie pour reprendre notre route vers la pointe des Trois Communes, à laquelle on arrive alors que l’orage reprend. Cette fois, il reste à distance, alors nous continuons sur un chemin qui restera roulant jusqu’à la fin de la journée.
Nous ne croisons quasiment personne sur cette fin de journée, et arrivons au sommet du Mangiabo où l’on décide de poser la tente pour l’un des derniers bivouacs de la traversée.
Ce matin, nous quittons à regret notre joli bivacco et nos sympathiques colocs italiens. Nous sommes encore dans un environnement très minéral et sauvage, hors du temps, mais une petite appréhension s’installe : l’arrivée dans le Mercantour sud, réputé plus fréquenté, et cette Méditerranée qui commence à se profiler, synonyme de fin de voyage.
Nous arrivons au rifugio Pagari vers 10h et nous y offrons un petit déjeuner tardif, histoire de profiter du lieu et de son gardien que l’on nous a décrit comme mythique, un peu le John Muir de l’Argentera.
Des stambeccos au refuge Pagari
Nous redescendons ensuite vers le lago Bianco, sous le pas de l’Agnel, à partir duquel la matin vers le col se fait dans un chaos de gros blocs. Une trentaine de mètres au-dessus de nous, quelques stambecco crapahutent.
Une fois le col franchi, nous revoilà en France. A partir de maintenant, nous ne ferons plus que quelques petites excursions en Italie, mais le gros du tracé restera côté français.
De là, une sente mène vers le Collet de la Charnassère, puis descend du lac gelé vers le lac Vert. C’est plutôt raide par moment, on n’avance pas vite mais le chemin nous plaît bien. Une splendide vue plongeante vers le refuge de la Valmasque se dévoile au fur et à mesure que nous dévalons la pente.
Au refuge, on s’offre une bière, puis on décide d’avance encore un peu bien qu’on commence à sentir la fatigue, le temps d’atteindre le lac de Basto.
Départ matinal vers le colle delle Fenestrelle. On aimerait dormir au bivacco Moncalieri ce soir, et le passage pour y arriver semble un peu difficile, alors on préfère le faire en début d’aprem pour prendre le temps d’y aller tranquille.
Au colle delle Fenestrelle, on essaie de deviner, sur le versant nord de la cime du Gélas qui nous fait face, le fameux chemin pour atteindre le bivacco. En plissant les yeux et en comparant avec notre topo, il nous semble peut-être distinguer les différents passages.
On descend rapidement vers le rifugio Soria Ellena, où il y a déjà beaucoup de randonneurs bien qu’il soit encore tôt : il y a un parking pas loin. On trouve l’accueil pas exceptionnel et on n’accroche pas trop à l’ambiance du refuge, alors on ne traîne pas.
Vers 2400m, on profite d’un joli replat pour pique niquer face au colle delle Fenestrelle et aux belles faces minérales qui l’entourent. On observe un trio d’alpinistes descendre lentement de la Forcella Roccati, dans des éboulis visiblement mauvais qui se dérobent sous leurs pas. Une fois ce passage technique passé, nous les suivons du regard tandis qu’ils se dirigent vers le sentier du passaggio dei Ghiacciai, et nous sommes rassurés d’avoir du monde devant nous.
Finalement, le passage n’est pas si mal : l’ambiance est splendide, on se croirait sur la lune, et la moraine tient plutôt bien sous nos pieds. Le passaggio dei Ghiacciai n’est pas trop mal indiqué, et il y a juste un petit pas de désescalade, juste avant de remonter vers l’arête qui cache le bivacco, dans lequel mon sac trop lourd m’entraîne un peu vers le bas. Ensuite, on monte facilement sur l’arête, qu’on suit sur quelques mètres (passage bien aérien) avant d’en redescendre de l’autre côté, pour arriver directement sur le bivacco.
Descente sur le bivacco MoncalieriUn espresso bien merité !Notre ami stambecco
Nous y retrouvons les alpinistes que nous avions observés un peu plus tôt, qui se révèlent bien plus accueillants que les randonneurs italiens croisés lors de notre dernière nuit en bivacco. L’eau de fonte du glacier coule à flot sur le sentier en contrebas, et on profite d’une cafetière italienne laissée au bivacco (avec café moulu !) pour nous offrir un bon espresso. Ensuite ce sera après-midi farniente sur les rochers qui entourent la cabane, avec un petit bouquetin pas du tout farouche qui prend le soleil près de nous.
Pendant la nuit, je me réveille avec une envie pressante d’uriner. Je sors sans faire de bruit de la cabane et m’installe tranquillement pour faire mon affaire. Comme je dormais avec des boules quiès, je ne m’étais pas rendue compte que l’orage tonnait. Là, installée sur mon petit rocher, je vois les nuages violacés de l’orage se heurter aux sommets et les éclairs blafards zébrer le ciel. Fascinée par le spectacle, je reste là un bon moment. Tout d’un coup, en tournant la tête,le faisceau de ma frontale accroche deux points brillants, puis d’autres : quatre paires d’yeux m’entourent. Le jeune bouquetin de cet après-midi est revenu, accompagné de trois autres, dont un tout petit. L’atmosphère est presque mystique, entre les couleurs de l’orage et la présence si proche de ces beaux animaux.
Encore une jolie journée dans le parc des Alpi Marittime ! On quitte de bon matin notre bivacco, pour descendre tranquillement vers la vallée et le refuge Regina Elena. C’est une charmante bâtisse entretenue par une équipe sympa et accueillante de bénévoles italiens, qui insistent pour nous offrir le café.
De là, la montée vers le refuge Franco Remondino est raide mais sans difficulté, et on arrive en début d’après-midi. Il y a beaucoup de monde, c’est un point de départ de plusieurs courses d’alpi dont le sommet de l’Argentera, point culminant du massif du Mercantour-Argentera à 3297 m.
NB : Attention, pas d’eau disponible au refuge quand nous sommes passés, ils étaient en alerte pénurie d’eau donc le peu qu’ils avaient était réservé à la cuisine du refuge et à l’usage de l’équipe.
Le refuge Franco RemondinoA partir du refuge Franco Remondino, vue sur la Cime de Fremamorte et le bivacco GuigliaOn profite des cartes dispo au refuge Genova Figari pour préparer l’étape de lendemain vers le bivacco Moncalieri
L’ascension vers le passo del Brocan est un peu plus technique mais passe bien. Un peu avant d’atteindre le col, on traverse un joli replat sauvage et très minéral, l’ambiance y est très belle. La descente vers le refuge Genova Figari est bien raide et casse-patte, probablement assez casse gueule quand les rochers sont mouillés.
Nous passons la nuit au refuge Genova Figari, qui manque un peu de charme par rapport aux autres refuges croisés récemment. Une route le dessert et le lac artificiel qui le jouxte est à moitié vide, révélant sa cuvette artificielle. Mais on y mange bien, les douches sont chaudes, et surtout c’est le grand luxe, nous avons une chambre pour deux !
Aujourd’hui, reprise officielle de la TransAlpes à deux ! Je me sens enfin bien reposée et on vise une arrivée à Menton en six jours assez tranquilles, alors je reprends le chemin sereinement.
Comme depuis quelques jours, l’orage menace dès le début d’après-midi, alors on monte à toute vitesse vers la baisse de Druos. Plus on s’éloigne d’Isola 2000, moins il y a de monde, et plus le ciel s’assombrit. Côté italien, on ne croise presque plus personne !
En arrivant au rifugio Emilio Questa, en début d’après-midi, on hésite à s’y arrêter. Le refuge est tout petit et plutôt sympa, et dispose d’un four à pizza ! Mais la journée est encore longue, le ciel nous semble clément et on a un faible pour les cabanes non gardées : on va donc viser le bivacco Jacques Guiglia.
Nous y arrivons vers 18h et sommes très mal accueillis ! Un couple d’italien, la cinquantaine, a prévu d’y dormir et nous dit frontalement qu’ils préféreraient l’avoir pour eux seuls. L’homme reste debout devant la porte, nous barrant le passage, jusqu’à ce qu’il se mette à pleuvoir : grand seigneur, il nous laisse nous abriter à l’intérieur le temps que la pluie cesse.
Le bivacco dispose de 9 lits banquettes et est largement assez larges pour qu’on soit confortables à 4, et surtout l’orage gronde, bravo l’esprit montagnard ! On hallucine un peu quand on comprend qu’effectivement ils pensent qu’on va repartir une fois la pluie passée, qu’ils ont “réservés” le bivacco en arrivant avant nous.
Finalement, ce sont eux qui décident de partir au bout d’une petite heure, de très mauvaise humeur, après qu’on leur ait indiqué que vu la pluie de plus en plus forte, on ne comptait pas dormir dehors. Une vingtaine de minutes après leur départ, il se met à grêler fortement ! On se réjouit un peu méchamment du karma qui punit leur mauvais esprit montagnard, en s’attendant à les voir revenir la queue entre les pattes. Mais ils ne reviendront pas, ils ont dû avoir le temps de monter la tente. Toute la nuit, le tonnerre résonne. Par les petites fenêtres de la cabane en métal, on observe les couleurs rougeoyantes de l’orage sur les sommets.
Sur les anciens chemins militaires italiensBien installés dans le bivacco !
Ce matin, on se réveille tous les deux avec l’estomac en vrac. Peut-être est-ce l’eau opaque du petit laquet avant le col de l’Infernet ? On l’avait filtrée au Sawyer, mais c’est vrai qu’elle était vraiment sale. Un peu plus loin, assoiffés, on avait bu sans la filtrer de l’eau d’un petit torrent vers le lac long, peut-être aurait-il fallu la filtrer.
On repart donc en forme toute relative, et avalons difficilement le dénivelé jusqu’au pas de la Couletta. S’en suivent deux descentes puis remontées, vers le col du Vallonnet puis le col de Mallemort, qui nous semblent n’en plus finir. A l’état normal ce serait banal ; ce jour-là c’est interminable.
Une fois le dernier col franchi, nous avisons Larche en contrebas, qui apparaît comme une oasis : à nous la civilisation, les toilettes propres et le repos bien mérité ! La descente vers le village nous paraît encore une fois interminable, mais nous tenons bon en pensant à toutes les bonnes choses que nous allons pouvoir manger à midi.
A Larche, nous commençons par nous offrir un vrai repas chaud en terrasse, à La Bonne Fourchette. Pas mal d’options simples mais bonnes, type salade et burger, et une (mini) épicerie à ravito spéciale randonneurs, plutôt chère et pas bien achalandée. Pour compléter ce ravitaillement incomplet, on fait un détour par le camping du domaine des marmottes, à 300 m du village. Celui-ci dispose d’une petite épicerie bien plus complète, de quoi refaire un bon stock de vivres avant le prochain ravito qui ne sera que dans 3 ou 4 jours, à Isola 2000.
Mes intestins dansant toujours la java, j’ai bien envie d’en arrêter là pour cette journée et de passer une nuit relativement luxe et détente au camping. Mais nous sommes deux, et mon compagnon allant lui beaucoup mieux, nous décidons d’un compromis. Nous irons jusqu’au lac du Lauzanier ce soir, mais prendrons la navette gratuite qui va de Larche au début de la vallée de l’Ubayette (arrêt “Pont rouge”), histoire de louper quelques kilomètres sur piste forestière.
Une fois arrivée dans cette agréable vallée très fréquentée, il ne nous reste que quelques kilomètres et 400 mètres de dénivelé à franchir, qui me semblent être au moins le double. Je me traîne sur le sentier, l’estomac en vrac et le moral dans les chaussettes : je n’ai plus aucune force. Honnêtement, je me dis que j’ai déjà fait la HRP en juillet, que j’ai déjà “coché” mon gros projet, et surtout que mon corps a déjà beaucoup subi. J’ai l’impression que mon corps me lâche, et que le mental ne suffit plus à compenser. Je m’endors sans aucune motivation, avec une envie qui commence à poindre et à s’assumer : peut-être demain redescendrai-je seule vers Larche.
Décidément, cette section de la TransAlpes est superbe ! Encore une belle journée, très sauvage, au gré de beaux cols minéraux et de passages assez techniques.
Nous quittons l’agréable vallée de l’Ubaye pour remonter le long du torrent de Mary vers les lacs du Marinet. Il y a un peu de monde sur cette section, mais la plupart des randonneurs s’arrêtent au niveau des lacs. Après le col de Marinet, on bascule de nouveau dans un environnement très sauvage et minéral, en suivant le chemin vers le Monte Ciaslaras. L’approche du col de Ciaslaras est vraiment raide, sur du terrain rocailleux plutôt instable : attention aux éboulis ! De là, l’accès au sommet en lui-même est facile et rapide.
Le lac de MarinetLe Mont Ciaslaras et son sentier d’accèsDans le plus raide de l’ascensionAu sommet, la vue côté Ubaye …… et côté Chambeyron Le bivacco Barenghi
On redescend dans le vallone dell’Infernetto Occidentale sur un sentier tout aussi raide, et on décide d’éviter le pas de l’Infernet (qui nous semble beaucoup trop exposé et casse gueule, surtout avec nos gros sacs). A la place, on passe par le Colle dell’Infernetto, qui comporte un passage bien raide encore et un peu casse gueule, mieux vaut le faire en montant qu’en descendant !
NB : Quand on est passé début août 2025, les lacs indiqués sur les cartes, dans le vallon de l’Infernet, étaient soit à sec soit constitué d’eau stagnante pleine de saletés, on peut filtrer / purifier évidemment mais sinon bien remplir à Marinet où l’eau est bien plus propre.
On suit ensuite le sentiero Dino Icardi jusqu’au joli bivacco Barenghi. Il y a pas mal de place pour y dormir, mais on se sent encore en forme alors on décide de pousser jusqu’au refuge du Chambeyron et bivouaquer au bord de son lac.
NB : La source / fontaine indiquée sur nos cartes était à sec en août 2025, mais il y a beaucoup d’eau en continuant vers le refuge du Chambeyron. Pas possible de prendre une douche au refuge, il n’y en a pas (par contre possible de payer 2 euros à Larche pour une douche au camping).
Encore une belle journée de prévue aujourd’hui, en suivant la variante de Jérémie Bigé par les crêtes. On commence par une montée très minérale vers le pas de Salsa, à 3176 m. L’ambiance y est très, très belle : du caillou à perte de vue, pas un seul signe de civilisation et un horizon entièrement dégagé !
Nous descendons vers le bivacco Franco Boerio (tout propre et très accueillant !) et décidons d’y casser la croûte. Après une courte réflexion, on préfère éviter l’ascension du Bric de Rubren pour se laisser le temps de faire le parcours en crête vers la Tête de Malacoste sans se stresser. On commence par monter au Monte Guiep, à 3100 m, puis on se dirige vers l’arête de la Tête de Malacoste. Au bout d’un moment, on bute sur un petit pas d’escalade pour rester sur la crête, qui me semble bien exposé. Comme nous ne sommes pas franchement UL (on doit porter entre 8 et 10 kg chacun), j’ai un peu peur que le poids de notre sac nous déséquilibre, et sans savoir ce qui nous attend pour le reste de la journée je préfère faire demi-tour…
C’est dommage, mais ce sera l’occasion de revenir à la journée avec un équipement plus léger, ou bien quand on aura investi dans du meilleur matos. Dans tous les cas, mieux vaut ne pas aller se mettre en trop gros stress, nous n’en sommes qu’au troisième jour du périple alors autant ménager un peu notre mental.
En montant vers le pas de SalsaUn bouquetin vers le pas de SalsaVue sur le Bric de Rubren et le lac de MongioiaSous le Mont de SalsaEn arrivant au bivacco BoerioParcours de crêtes et Monte GiuepDemi-tour et descente dans les pierriers
Plutôt que de retourner au pas de Mongioia, on coupe à travers les pierriers en visant le chemin au fond du vallon. Là, le béal de Rubren coule paisiblement au gré de régulières petites vasques. On se frotte énergiquement avec un bandana pour faire partir toute trace de crème solaire et on y trempe les jambes pour se rafraîchir. Puis vient la descente, longue mais roulante, vers l’Ubaye. Au plan de Parouart, on décide de poser la tente.